—Pourvu qu'il ne soit pas enragé! fit petite-maman.

—Enragé, madame! un chien si jeune et si frétillant!

—Frétillant tant que vous voudrez! moi, je ne me soucie pas de me faire mordre par un chien enragé: donnez-lui à boire du lait, on verra bien s'il le prend.

La mère Fouillette eut un souci; elle savait qu'un chien qui ne boit pas est suspect. Or, elle avait gorgé celui-ci de lait toute la matinée. Son écuelle, dans la cour, était restée à demi pleine.

—Vous fiez donc point à ça, madame! Qu'il boive, qu'il ne boive point; et qu'est-ce que ça prouve?

—Si! si! dit petite-maman; je veux voir!

La mère Fouillette se recueillit, comme pour un aveu difficile:

—Allons! madame, puisqu'il faut tout vous dire, allons! Ce petit chien n'est pas plus enragé que vous ni moi: c'est le chien de la chienne à m'ame Gagneux, la marchande de poisson, qui me l'a donné. C'est un petit cadeau que je voulais faire à madame, si madame me permet… Il saute sur ses deux pattes de derrière; il vient au nom de Mac-Mahon; il s'en va quand on dit Bismarck…

—Bismarck!

Le chien sauta du giron de la mère Fouillette et gagna la porte en aboyant à tue-tête, le poil dressé sur son échine.