Petite-maman riait de tout son cœur.

—Mac-Mahon! Mac-Mahon!… Mais c'est qu'il vient!… Oh! la drôle de bête!… On l'appellera Mac-Mahon!

—Il s'appelle Paletot, dit la mère Fouillette.

—Tiens? pourquoi Paletot? en voilà un nom!

—C'est son nom.

En voyant sa femme jouer comme une enfant avec Paletot le regard de mon père s'éclaircit. Toute la journée nous jouâmes, la petite-maman, mon père, Paletot et moi. Mon père s'accroupissait, joignait les mains, et Paletot sautait, debout sur ses deux pattes de derrière. On disait: «Bismarck!» il fuyait en aboyant, avec un vacarme de tous les diables; on disait: «Mac-Mahon!» il accourait et faisait le beau, sa langue molle pendant comme un petit ruban rose; il savait aussi porter armes: on lui présentait un bâton qu'il serrait, d'une patte, contre sa poitrine. A chaque prouesse de Paletot, petite-maman le prenait, l'embrassait, le couvrait de caresses et lui donnait du sucre qu'il cassait entre ses jeunes dents, en fermant les yeux. La mère Fouillette nous regardait et ne se tenait pas de joie. Elle fit signe à Coqueugniot, qui descendit de son étude et vint nous voir par la porte du corridor. Nous ne l'avions pas aperçu; nous entendîmes tout à coup une voix caverneuse, en l'air, qui disait:

—Parfait! Mais cet animal-là va nous faire sa maladie avant peu!

Nous nous arrêtâmes tous à ce mot de mauvais augure. Coqueugniot avait déjà un genou sur le parquet et il ouvrait, en connaisseur, la gueule de notre ami Paletot.

—La maladie? fit la mère Fouillette.

—Sans doute! dit Coqueugniot; c'est un chien qui n'a pas neuf mois!