Tout à coup, on entendit des injonctions:
—Arrêtez! Arrêtez!…
Quelqu'un dit, à côté de moi:
—Enfin! c'est la justice. Voilà sans doute un ordre supérieur!
—Arrêtez! répétait-on. Ne coupez plus!
Plusieurs hommes, la main en cornet sur la bouche, lançaient ces paroles vers l'homme à la scie et l'homme à la serpe, dévastateurs des hautes branches. Dans le feu de leur travail, ceux-ci n'entendaient point, ou bien distinguaient mal ces cris parmi les vociférations et les murmures de la foule.
Soudain nous vîmes déboucher au tournant de la route, sous la terrasse de madame Colivaut, une carriole lancée à fond de train. Coqueugniot m'empoigna par la main et me jeta de côté en me faisant fort mal. Nous avions vingt personnes sur le dos, les unes debout, pressées, jurant, les autres par terre et hurlant. Je pensai: «Voilà les luxations.»
C'était pour ouvrir la voie à cette voiture qu'on avait crié aux élagueurs: «Arrêtez!» Mais cette voiture n'était pas le char de la justice, c'était la voiture d'un marchand de bestiaux; elle contenait six veaux étendus sur la paille. Voyant que les branches tombaient toujours, cet homme avait fouetté son cheval pour passer rapidement sous la grêle. Il y eut plusieurs entorses et des contusions. La responsabilité fut portée sur Fesquet. On lui dit qu'il se moquait du peuple; on l'appelait assassin. Bon nombre de ceux qui avaient été gagnés par lui à la cause de l'élagage désertaient. Or, abandonne-t-on jamais un parti sans se retourner contre lui violemment?
Taillasson n'avait pas lâché prise. C'était un gaillard solide, haut, large, trapu, qui n'eût fait qu'une bouchée de M. Fesquet. Son infériorité physique, trop manifeste, sauva celui-ci; car le colosse, qui un moment faisait mine de lui masser la chair entre ses doigts, le dédaigna. Mais, à présent, Taillasson s'était mis en tête de sauver le contenu de sa grange. Il en avait ouvert les portes à deux battants, et il s'exposait à la chute des branches pour déménager avant que s'effondrât la toiture.
On lui criait: