Cette dénonciation du complot secret en retarda pour longtemps l'exécution. Mon père, mordu au vif, s'interdit, à part lui, de jamais seulement penser aux Plancoulaine.

Il ne fut plus question des Plancoulaine, pas même à mots couverts. Si quelqu'un les citait par hasard devant nous, les yeux adoptaient aussitôt cette expression qu'on a lorsqu'on parle des morts. Il ne fallait plus que la mère Fouillette se risquât à nous donner des nouvelles de «la sœur à Paletot»!

Durant cette période, mon père et sa femme ragèrent un peu, mais ils n'ourdissaient plus rien d'inavouable; ils avaient la tête plus légère; ils la relevaient.

VII

Nous passâmes le mois de juin. Nous allions quelquefois en voiture à Courance voir mes grands-parents. Ces bonnes gens étaient restés aussi isolés que nous tout le temps de nos disgrâces, et, qui pis est, à la campagne. Ils commençaient à revoir les mêmes personnes que nous.

—Il était temps, nous dit grand'mère, car mon pauvre bonhomme allait s'éteindre complètement, tout seul en face de ses réussites!

Pour lui tenir compagnie, elle s'était mise à jouer aux cartes, ce dont elle avait horreur.

—Écoutez, dit-elle, nous avons été, je pense, très convenables, et vous n'avez pas de reproches à nous adresser quant à nos rapports avec les Plancoulaine depuis la brouille. Aujourd'hui, les choses ont un peu changé de face: les Plancoulaine, les premiers, ont mis les pouces. Vous avez refusé de renouer avec eux, ne fût-ce que de simples relations de politesse; cela, c'est votre affaire, et je ne me mêle pas d'apprécier votre conduite. Mais j'espère que vous ne trouverez pas extraordinaire que nous allions, mon mari et moi, leur rendre leur visite?…

—Voilà l'été, dit innocemment mon grand-père; il y a là-bas un whist en permanence, et la vue de quelques frais minois réjouira mes vieux ans…

—Certainement, dit grand'mère, mais il s'agit avant tout de politesse… Ne trouvez-vous pas, voyons? dit-elle en s'adressant à petite-maman.