Il ajouta aussitôt:

—On ne peut tout de même pas passer pour des goujats.

Il regarda sa femme brièvement, entre deux clins d'œil. Comme elle se taisait, il essaya d'atténuer encore et dit:

—C'est le petit qui fait l'envoi…

Elle était aussi pâle que lui. Elle ne le regarda pas. Son regard n'exprimait rien; il était fixé sur la tête du cheval. Ils ne dirent mot jusqu'à la maison.

XI

Ils n'auraient pas reparlé de l'incident, c'est probable, si ce n'eût été la difficulté de faire porter la bourriche. A qui confier cette commission? A la mère Fouillette? pour que toute la ville en fût dès le soir même avisée! A quelqu'un «qui attendrait la réponse»? Et si la bourriche n'était pas acceptée? Peut-être serait-il préférable d'esquiver la réponse? Mais encore fallait-il un porteur.

En se mêlant à la discussion, sans y prendre garde, petite-maman se fit complice.

Il fut décidé que l'on attellerait de nouveau, après dîner, à la nuit; que l'on passerait le pont et traverserait le faubourg «comme pour se promener», que l'on irait au besoin jusque dans la campagne, et que l'on prierait, au retour, un gamin ou quelque brave femme assise au pas de sa porte de remettre la bourriche au destinataire.

Nous exécutâmes la promenade nocturne avec la bourriche. Elle répandait une odeur de fauve et de poudre et tenait une place considérable dans la voiture. Mon père prétendait que les chiens nous flairaient au passage.