Elle redescendit avec nous au parterre. Madame Robert portait les noisettes dans un pli de sa jupe relevée; ce fut mon père qui soutint madame Colivaut sur l'escalier des mirabelles. Lorsqu'elle posa le pied sur la marche branlante qui rendait un bruit sourd, elle fit:
—On dirait qu'on met le pied sur une dalle funéraire.
On croyait madame Colivaut traversée d'une pensée funèbre; mais elle ajouta:
—C'est le tombeau de mes illusions!
Et elle se remit à rire comme une fillette. Elle était tout à fait de bonne humeur. Elle nous mena jusqu'à la terrasse dominant la ville, sous l'orme et le marronnier. Sa manie n'était-elle pas de jeter bas ces arbres fameux! Elle y pensait aussitôt que la santé lui était rendue.
—Ils gênent les voisins, disait-elle; madame Auxenfants et monsieur Fesquet ne cessent de se plaindre de l'humidité et des moustiques que leur vaut ce feuillage épais… Mais ce n'est pas cela: j'ai l'intention de construire ici un pavillon.
—Construire un pavillon! s'écria mon père.
—Oui, dit-elle; quand ce ne serait que pour embêter madame Auxenfants et monsieur Fesquet, en ayant l'œil sur eux!…
C'était de cela qu'elle avait envie, et non d'abattre ses arbres.
Elle avait fait ses plans; elle les montra à ma famille.