Je le vis avec satisfaction s'éloigner de l'homme immobile et incliner vers la grande porte aux pattes de biche. Puis j'entendis en même temps grincer le fil de fer et retentir au loin la cloche sur les jardins.

Alors je courus annoncer la visite.

A l'entrée de la cuisine, j'aperçus madame Robert debout, les deux poings sur les hanches. Près d'elle, la petite bonne, qui avait pour fonction d'aider la cuisinière septuagénaire et à demi percluse, était courbée, la tête en bas, sur un bassin de terre où elle frottait vigoureusement quelque chose avec un morceau de savon de Marseille de la taille d'un pavé. Un coup de cloche retentissait. La petite bonne leva le buste et, aussi haut qu'elle, il sortit de l'eau savonneuse un long linge fin, réduit en corde, mais qui s'étala aussitôt et en quoi je reconnus la chemise de madame Colivaut, maculée au jardin par mes ébats.

Ce spectacle et celui de madame Robert présidant en personne au lavage, les poings sur les hanches, me retirèrent toute force et tout courage. La petite bonne disait:

—Faut aller ouvrir, tout de même?

Mais madame Robert ne semblait pas admettre que l'importance d'une visite pût équivaloir à celle de la pureté du linge de sa maîtresse, et, d'un geste, elle commanda à la petite bonne de replonger encore une fois dans l'eau la chemise, puis elle s'en empara elle-même et dit:

—Si c'est une visite, madame est fatiguée.

J'étais là, et j'étais chargé d'annoncer la visite de mon père. Si encore madame Robert eût détourné son attention de la chemise, peut-être eussé-je parlé. Mais elle paraissait si absorbée que je mesurai, au soin qu'elle avait de réparer mes dégâts, l'étendue de son ressentiment. Enfin, elle m'aperçut:

—Ah! vous voilà, vous!

Alors je glissai vite: