—C'est que madame dort, monsieur Nadaud, et le médecin a bien recommandé de la laisser reposer, car madame est bien fatiguée.

—Ah! fit mon père. J'aurais bien aimé le savoir plus tôt: voilà huit minutes, montre en main, que je suis à la porte.

—C'est-il possible, monsieur Nadaud? J'avais pourtant bien fait mes recommandations à Angélique; mais on ne peut compter sur rien avec ces jeunesses. Si ça vous plaisait d'entrer et de faire un petit tour dans le jardin, monsieur Nadaud… Faites donc comme chez vous.

Nous rentrâmes. Mon père se dirigea aussitôt vers la terrasse. Il tenait avant tout à pénétrer dans la maison et à marcher sur la tête de M. Fesquet. Il se pencha sur la balustrade et vit son Fesquet, qui n'avait pas bougé. Alors il me parla très haut, pour que Fesquet sût bien qu'il était là.

—Eh bien! me dit-il, on s'amuse ici, à la bonne heure! Est-ce que tu es monté jusqu'au jardin du haut?…

Il était accoudé à la balustrade; il avait l'air d'adresser ses paroles à M. Fesquet. Le crâne de M. Fesquet demeurait insensible; un air léger soulevait ses cheveux rares; ses oreilles, moins pâles, ne bougeaient plus.

—Quels beaux arbres! dit mon père.

Mon cœur battit, parce que je m'attendais à voir se relever vers nous la vilaine face jaune du bouilleur de cru, pour nous vomir des injures. Je tirai mon père par la basque de sa jaquette, sans rien dire. Il m'appela «petit bêta». Il prit un cigare, l'alluma lentement; il fit des nuages de fumée; il eût voulu, je crois, qu'ils descendissent; mais ils tourbillonnaient au-dessus de la tête de l'ennemi et se perdaient dans le feuillage doré. Les lois de la nature protégeaient M. Fesquet, dont le chef était seulement orné d'un baldaquin nébuleux.

Mais nous ne nous en allâmes point que M. Fesquet n'eût quitté la place.

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