Mon père éprouvait chaque jour de nouvelles difficultés dans ses affaires. Il avait déjà perdu la clientèle de plusieurs maisons importantes; une grande propriété s'était vendue, à Rigny, près de la Ville-aux-Dames, sans l'intermédiaire d'aucun notaire de Beaumont. On disait que Courtois avait tant fait pour en soustraire le bénéfice à son rival, qu'il s'y était usé lui-même; l'acte fut passé devant le notaire d'un canton voisin. Un coup entre autres nous fut porté par le mariage de mademoiselle de Grébauval, dont la famille était des plus fidèles à l'étude de mon père. Le contrat de mademoiselle de Grébauval fut rédigé par Courtois.
Mon père échangea ses impressions amères avec M. Clérambourg, ou plus exactement il les lui confia, car M. Clérambourg reçut les confidences et ne parla point. Petite-maman, exaspérée par ce silence, piqua son mari, qui en vint, un soir, à dire à Clérambourg:
—Mais enfin, toutes ces abominations se trament dans le salon Plancoulaine! Vous ne vous y trouvez donc jamais au moment où l'on cause?
M. Clérambourg regardait attentivement ses cartes; il annonça:
—Repic… Et capot!
—Si l'on se tait devant vous, chez les Plancoulaine, votre présence doit les gêner?…
—Valet de cœur, murmurait M. Clérambourg.
—… Car, enfin, vous y êtes assez souvent, chez les Plancoulaine!…
M. Clérambourg ne donna pas signe qu'il avait entendu.
L'amitié de mon père commença d'être atteinte à cette minute précise. Et de tous les malheurs qui l'accablaient, ce doute naissant qui effleurait une liaison si profonde lui fut le plus sensible. Sa femme lui disait: