—Mais non! mais non!… Clérambourg est un homme droit, intransigeant pour la politique comme pour toutes choses. On m'a fourvoyé; on m'a introduit dans un cloaque: il le constate, voilà tout.
—Dis donc qu'il est enchanté de l'occasion, qu'il n'attendait que cela, qu'il cherche depuis longtemps un prétexte à s'éloigner d'ici, parce que les Plancoulaine ne cessent de le malmener à cause de son assiduité chez nous… Mais c'est un homme qui ne veut pas avoir tort, et il n'aura jamais tort. Il est venu ici jusqu'au dernier jour, et tous les jours, comme par le passé. Ah! il a de la chance d'avoir saisi au vol l'affaire politique! Voilà l'occasion d'une belle rupture, en effet! Elle le hausse, elle le grandit: fidèle malgré les calomnies, malgré l'abandon général, mais malgré la «trahison politique», non pas! Tu le vois d'ici, l'incorruptible, le dos tourné à la cheminée du salon Plancoulaine et administrant de mignonnes petites tapes au fond de son pantalon!…
—Laisse-moi. Je veux sortir. Je veux aller trouver toute cette clique et la souffleter. Laisse-moi!
Elle ne voulait pas qu'il sortît dans son état d'exaltation, et elle redoutait les suites désastreuses de la moindre «voie de fait» contre les hommes au pouvoir. Elle le retenait comme elle pouvait, en s'accrochant à lui par des caresses. Tout à coup, une idée lui vint:
—Mais que tu es bête! dit-elle.
Il la regarda. Elle souriait et semblait avoir tout arrangé.
—Mais, mon pauvre ami, quand tu auras giflé tout le conseil municipal, crois-tu que tu vas par là reconquérir la bourgeoisie? Tu l'as perdue ta clientèle bourgeoise, en rompant avec les Plancoulaine. C'est fini les contrats de mariage chic, et les inventaires des châteaux, fini! fini!…
—Eh bien?
—Eh bien! il y a les autres qui te tendent la main.
Mon père ricana: