—Oui!… l'idée de Troufleau!… Des bêtises.
—Ce n'est pas si sot! Crois-tu que les petites gens ne valent pas les plus huppés?… Moi, je t'assure que je ne rougirais pas d'avoir à ma table telle ou telle brave et honnête femme qui ne dépasse pas la porte de l'office chez les Plancoulaine.
—Mais c'est cette «brave et honnête femme» qui se moquerait de toi, ma pauvre enfant, si tu l'invitais à dîner; parce que tu ne lui ôteras pas de l'idée que si tu la vois, elle et son bonnet blanc, c'est parce que tu n'en peux plus voir d'autres; c'est parce que les dames te lâchent, les dames chic, les dames de chez les Plancoulaine! On ne se déclasse pas, c'est impossible… surtout en descendant… Et puis, ce n'est pas tout ça: j'ai été, je suis et je reste opposé à la politique des sectaires, des hâbleurs et des voyous! C'est net?
—Ce qui est net, c'est que ton intérêt est de ne rien brusquer avec des gens qui t'ont fait des avances, qui tiennent les affaires de la ville, qui pourront peut-être t'éviter bien des ennuis…
—Quels ennuis?
—Quels ennuis?… Mais est-ce que je sais? Tiens! quand ce ne serait qu'à propos des arbres de la maison Colivaut…
—… Les arbres de la maison Colivaut?
—Oui, les arbres que monsieur Fesquet a décidé de faire élaguer. Qui est-ce qui contraindra madame Colivaut à les faire élaguer? Ce n'est pas lui, Fesquet; c'est, sur sa plainte, à lui, Fesquet, une ordonnance du maire.
—Comme tu es renseignée!
—Je t'ai entendu dire cela toi-même cinquante fois.