—C'est juste.
Il s'assit et sembla réfléchir. Une heure après, il murmurait:
—Et dire qu'ils m'humilient, m'aplatissent et me ruinent, moi, pour avoir donné la main à de pauvres bougres de républicains, tandis qu'ils sont là, chez les Plancoulaine, à boire les paroles du député Charmaison, dont la majeure partie des électeurs sont des communards!…
Il ne sortit pas. D'ailleurs, il était exténué et dut s'aliter encore. Troufleau le traita énergiquement. Je l'entendis qui disait: «Ce sont des coups à vous jeter un homme à bas!» Il craignit une jaunisse. Il venait deux et trois fois par jour. Le soir, quand il avait vu son malade, il faisait un mouvement pour se retirer, par discrétion. Mais, de son lit, mon père le retenait:
—Restez donc, docteur, si rien ne vous presse.
—Mais oui, faisait petite-maman, pourquoi changer vos habitudes du soir?… Il est vrai qu'ici ce n'est pas gai!…
Ce n'était pas plus gai chez lui, car la compagnie de M. Fesquet et de madame Auxenfants ne le séduisait guère. Il déposait son chapeau haut de forme et s'asseyait. Petite-maman et lui causaient à demi-voix près du feu.
II
A eux deux ils obtinrent que mon père ne ferait point de tapage. Ils lui conseillèrent d'écrire simplement à ces messieurs, en les priant de rayer son nom figurant à tort sur leur liste. Le malade trouva ce parti raisonnable et l'exécuta.
Coqueugniot expédiait les affaires de l'étude et venait en rendre compte dans la chambre à coucher. Mais l'état pathologique du «patron» l'intéressait beaucoup plus que les affaires. Et comme chacun s'amusait à l'entendre parler médecine, on ne l'empêchait point de discourir. Mon père surtout prenait plaisir à voir son clerc s'égayer irrévérencieusement des ordonnances du docteur Troufleau. Et il les lui tendait volontiers par-dessus les potions qui encombraient la table de nuit. Coqueugniot balançait son long corps maigre et expectorait un rire caverneux.