— Dis-moi, Denise : est-ce que je t’ennuie habituellement avec mes histoires qui ne sont jamais des potins et qui ont toujours la prétention d’être des vérités générales ?

— Ah ! ah ! mon petit, je ne divise pas comme cela les choses que tu me racontes ! Voilà comment je fais : je mets à part celles où il paraît évident que tu as fait la cour à une femme ou bien où on te l’a faite. Toutes les autres, je les fourre dans la boîte à côté.

« A propos, et l’histoire de la dame ?

— Quelle histoire ?

— Mais l’histoire que tu écris depuis quinze jours ! Alors, je ne sais rien de ce que tu fais. Quand monsieur peine, s’arrache les cheveux, déchire ses papiers, eh ! nous en avons une musique à moi spécialement dédiée. Mais si on est content de son travail : silence total, nul besoin d’une confidente.

— On n’est jamais content de son travail. D’ailleurs, je te l’ai dit soixante-dix-huit fois : je ne travaille pas.

— Non, mon bijou : c’est la Providence en personne qui t’apporte tous les jours tes quatre ou cinq pages griffonnées. C’est connu d’ailleurs…

— Ah ! Qui te l’a dit ?

— Ma femme de chambre : elle lui a ouvert plusieurs fois. Dis-moi : comme tu ne travailles pas, « bien entendu », allons-nous faire une promenade ?

— Tu as des euphémismes pleins de saveur : faire une promenade, aujourd’hui, en 1925, sur la Côte d’Azur, par un temps radieux, cela se traduit par « bouffer » trois kilos de poussière et s’exposer cinquante fois à la mort. Précisons ! Tu as ton chapeau ? Bon. N’oublie pas de prendre une écharpe, enfin une espèce de masque contre les gaz… Oh ! moi, j’emporte un cache-nez pour me boucher les narines à chaque auto.