— Cela, c’est l’idée préconçue des femmes. Vous décidez a priori que nous vous tenons mille choses cachées. La vérité est exactement le contraire. Maintes fois nous vous racontons plus qu’il ne s’est passé.
— Alors c’est mentir. Celui qui est capable d’altérer la vérité, est toujours suspect de mensonge.
— Il y a chez nous le mensonge professionnel, qui consiste à faire du reportage inexact. Je m’explique : nous avons été témoins d’un fait divers, n’est-ce pas ? Nous le racontons. Eh bien ! nous le racontons autre que nous ne l’avons vu, non pas toujours très différent, mais assez falsifié pour qu’un co-témoin ordinaire soit autorisé à nous accuser de boniment. Pourquoi faisons-nous cela ? Ce n’est pas manquer de respect pour le fait, ce dont pourraient nous accuser les esprits scrupuleux ; c’est utiliser le fait pour la confection d’un certain art auquel les profanes n’entendent rien, et qui est la littérature.
— Moi, tu sais, j’ai toujours cru que, la littérature, ça consistait à faire un certain chichi.
— Ne te gêne pas, surtout ! Il y a d’ailleurs beaucoup plus de vérité dans ta définition que tu ne le crois toi-même ; seulement, la littérature, c’est comme les mimosas : il y en a soixante-seize espèces.
— Quelle est la tienne ?
— Sûrement pas celle que tu préfères.
— Merci. Tu me traites de cruche.
— Non ; mais tu veux qu’on ne te dise que l’exacte vérité, alors que tu n’as précisément de plaisir qu’à lire des péripéties invraisemblables !
— J’aime à lire des histoires qui ne ressemblent pas à ce que je vois, et j’aime que tu ne me racontes que ce que j’aurais pu voir avec toi…