Elle est bien fine ! Que ne devine-t-elle pas ? Suis-je assuré de lui cacher quelque chose ?
3 juillet.
Mon sentiment, comme un parfum, enivre ma mémoire de souvenirs charmants. Tout ce qui fut heureux dans ma vie se groupe et fait cortège à mon amour. Ainsi nos heures se tiennent par la ressemblance de leur visage : les belles s’assemblent entre elles pour chanter et danser, et les méchantes pour grincer des dents ou gémir. Si l’on voit l’une d’elles, on voit toutes ses pareilles, presque infailliblement, et point les autres.
Il ne fait aujourd’hui ni chaud ni beau ; mais quel temps fait-il dans mon cœur ? Je viens de revoir tout à coup un soir d’août au bord du lac de Côme, et je me souviens avec mignardise des plus petites choses que j’y ai vues et pensées. Il y avait au-dessus de Bellagio une lune pleine et superbe, et l’eau colorée par son reflet miroitait sous la brise avec un entrain endiablé. Je me plaisais à vouloir que cette eau fût prise soudain d’une belle ardeur pour la lune et que chaque flot combattît pour conquérir la grosse joufflue indifférente. Ces petits flots luttaient en une mêlée mortelle, ils tuaient et ils étaient tués pour l’amour de la lune ; mais incessamment l’armée bariolée recevait des renforts nouveaux qu’une même frénésie animait, et la tache lumineuse, tantôt agrandie par les renforts, tantôt réduite par un combat funeste, avançait petit à petit sur le lac, vers moi qui pensais :
« Mon Dieu ! mon Dieu ! est-il bien possible que la plus grande volupté de l’homme soit de mourir pour ce qu’il aime ! »
Même jour.
Aucun de ceux qui sont restés fidèles à madame de Pons ne lui fait la cour. Ceux qui la lui ont faite, autrefois, étaient du parti de son mari, et ils la connaissaient mal.
Hubert, qui vient tous les huit jours à Auteuil, m’a dit, en sortant :
— C’est une femme qu’on adore, mais l’aimer ne serait pas drôle.
— Pas drôle ?…