— J’avoue ma répugnance pour la confusion des genres.

— Je vous comprends si bien, me dit Hubert, que je vais, comme vous voyez, chaque semaine chez madame de Pons.

— Oui, mais vous, vous allez aussi ailleurs !…

Un mot d’amoureux exclusif — non pas d’amant — m’a échappé. Il est vrai que j’ai dit cela à Hubert en souriant. Comme je le haïrais s’il n’allait que chez madame de Pons !

4 juillet.

Je crois… je ne sais sur quoi m’appuyer pour prétendre cela, mais je crois que madame de Pons ne pense pas trop à son mari. Elle pense à la situation un peu anormale que le départ de son mari lui a faite, mais il est apparent — à quoi ? grand Dieu !… à quoi ?… peu importe ! — il est apparent que le règne d’Amédée, s’il continue, n’est pas pesant. Enfin, elle n’a pas la figure d’une femme qui pleure l’homme aimé : voilà !… On pouvait admettre, les premiers temps, qu’elle se composait une figure ; mais le masque, aujourd’hui, serait tombé : or il tient. C’est bien d’elle-même, ce n’est pas par un effort de volonté qu’elle rit, qu’elle cause, qu’elle reçoit, dans le salon de sa mère, avec plus de bonne humeur qu’autrefois chez elle-même.

Beaucoup de gens se décident à la venir voir. J’admire la prudence du monde. Ils ont pris le temps de la réflexion : on eût dit que le cas de cette femme abandonnée et volée par un bandit était douteux !… Il faut qu’ils se concertent ; ils agissent en corps ; ils condamnent ou approuvent à la majorité des suffrages.

Elle est flattée qu’on la vienne voir. Je lui ai dit :

— Vous croyiez-vous donc coupable ?

— Le monde, m’a-t-elle répondu, est une puissance aveugle, comme la mer : il obéit on ne sait à quoi, au vent, à la lune, à combien d’influences mêlées ! S’il vous est favorable, on en est fier : non qu’on l’estime précisément lui-même, mais parce qu’on se croit protégé du Dieu qui fait marcher les éléments.