Si elle ne pensait pas à ce qu’elle disait, peut-être pensait-elle :

« Ah ! il ne viendra pas là-bas ?… »

Ou bien affectait-elle un air distrait afin que je n’allasse pas m’imaginer qu’elle tenait à m’avoir là-bas ?…

Assez !… assez !… Ma tête !

25 juillet.

Ces séparations se font comme une opération chirurgicale : on en parle peu à l’avance, juste assez ; le jour et l’heure sont fixés, on se rend à l’endroit voulu, et, en un tour de main, c’est exécuté. Il ne reste plus que la convalescence à traîner en longueur.

Le jour venu, nous avons gardé notre bonne humeur. Nous n’étions pas allés au jardin, parce qu’il avait plu ; madame Delaunay se montrait un peu plus agitée qu’à l’ordinaire, parce qu’elle songeait à quelque objet à caser dans ses malles : elle sortait du salon, montait et redescendait… Je remarque, aujourd’hui seulement, qu’elle ne disait point ce qu’elle venait de faire… N’eût-elle pas pu dire : « C’est bien moi ! j’allais oublier la théière » ?… A aucun moment, et quoiqu’elle se soit absentée plusieurs fois, elle n’a dit quelque chose d’analogue à cela… Je remarque — aujourd’hui seulement ! — que ni elle ni sa fille n’ont fait d’autre allusion au départ — je n’ose dire : « à la séparation » — que celle-ci : « Vous verra-t-on là-bas ?… » Est-ce que cette réserve, ce silence concerté, n’étaient pas, par hasard, la plus exquise attention, un acte d’amitié d’un certain goût si rare qu’on ne lui connaît point de nom ?…

Car enfin, il n’y a pas à dire, toutes deux m’ont épargné d’entendre parler de leur départ !…

Mais ainsi cette dernière soirée, au lieu d’avoir été banale et semblable à toute autre, n’aurait été qu’une infiniment délicate manifestation de deux femmes en l’honneur de mon amitié ?… Mais, si elles ont voulu une telle manifestation, c’est-à-dire toute d’abstention, et si discrète ! ne serait-ce pas qu’elles ont deviné en moi, les deux chères créatures, une sensibilité vraiment trop vive à tout ce qui me vient d’elles ?…