Mon sort est trop beau ! Mais arriver à Aix dans les vingt-quatre heures, ce serait obéir, et ce serait exagéré. Me voilà obligé de feindre : j’antidate une lettre annonçant à ces dames mon « passage » à Aix. Car on ne me croirait point, si je disais : « J’avais mon billet pour Aix quand vous m’avez prié d’y faire halte. »

4 septembre.

Que de résolutions dans ce train ! Je ne me connus jamais tant d’audace.

Résolutions, audace, oui : tant qu’il n’est l’heure que de se dire : « J’adopte le parti d’être audacieux. » Mais, pour peu que plus de précision soit requise, par exemple : « Comment exercer cette audace ? et quand ? » qu’un homme vraiment épris est en peine !

Je sais bien comment je m’y prendrais si seulement je l’aimais un peu moins.

Aix-les-Bains, 5 septembre.

Il a été admis que nos lettres s’étaient croisées, et ce médiocre fait, cette rencontre de hasard, — moi annonçant mon arrivée à Aix, en même temps qu’elle m’invite à venir, — a agi, je l’ai bien vu, sur sa pensée, sur sa conscience : le plus petit mystère pénètre le cerveau d’une femme comme une goutte d’essence un sachet. Nullement crédule, madame de Pons est aujourd’hui, sinon convaincue, du moins soumise à cette idée que quelque chose de mieux qu’une puissance humaine a pu favoriser notre tendre amitié.

Je ne lui ai pas confessé la vérité, qui diffère trop peu de ce qu’il m’a fallu lui conter, et qui, en somme, comporte le même hasard exactement.

Chétif incident ! niaiseries que tout cela !… Mais l’amour est servi souvent par une valetaille qui ne paie pas de mine.

Elle a été heureuse en me voyant, c’est certain, mais cela peut venir de ce qu’elle s’est ennuyée jusqu’ici…