Mais elle s’est peut-être ennuyée jusqu’ici parce que…
6 septembre.
C’est une petite villa située dans le haut d’Aix ; elle n’est pas fort jolie et n’a point de nom romanesque. On la désigne, ainsi que trois de ses voisines, par le nom du propriétaire auquel on joint un numéro : encore est-ce le numéro qui est le moins disgracieux à dire : c’est la « villa Cervollet, numéro 2 ».
Et voilà une appellation banale qui est entrée désormais dans le trésor poétique de ma mémoire. A cet assemblage de mots si plats est lié, pour le reste de ma vie, le souvenir de la minute pour moi la plus triomphante : celle où madame de Pons m’est apparue, hier, dans une petite pièce quelconque, venant à moi la main tendue, et portant, en toute sa personne, l’éclat d’une joie affectueuse qui ne saurait tromper.
Elle venait tout entière au-devant de moi, je l’ai vu : sa main, son regard, son visage, sa bouche gonflée de tendres paroles, et ce genou qui pointait sous la robe claire d’été, et ce corps qui venait à moi !… Tout autre, à ma place, eût ouvert les bras à cette femme !… C’est d’imaginer par avance une volupté trop forte qui me la fait repousser quand elle s’offre : je la crois irréelle, je m’arrête en reconnaissant ma féerie… Nous nous sommes serré la main, très correctement. Et nous avons échangé des paroles ordinaires.
Madame Delaunay est venue, bien fatiguée par son traitement. Ces dames se sont plaintes de l’endroit qu’elles habitent, et moi de celui d’où je viens.
— Où donc est-on bien ?
— Entre amis, ai-je dit, l’endroit n’importe guère !…
Quand je me suis retrouvé seul avec madame de Pons, j’ai cru remarquer qu’elle sentait qu’il y avait entre nous la façon expansive dont elle s’était avancée vers moi dans la petite pièce. Subtilité d’amoureux ! mais certitude. Ravissement !… Lorsqu’elle m’a offert d’aller visiter le jardinet, je lui ai baisé la main et je lui ai dit :
— Mon amie, que je suis heureux de vous revoir !…