— Je vous en félicite.

Personne n’ignore, sauf sa femme, que Pons se ruine depuis deux ans avec une fille qui a déjà perdu T… et D… Depuis plus longtemps, madame de Pons est délaissée de son mari, sinon maltraitée par lui, ce que quelques-uns ont affirmé, mais ce qu’a toujours dissimulé la discrétion un peu hautaine de cette femme rare et irréprochable. Tout ce que l’on connaît de la situation, jusqu’à présent, c’est par les propos cyniques du mari ; madame de Pons est certes fort éloignée de croire qu’aucun même des familiers de la maison puisse être informé de ce que vaut son mari. On a soutenu qu’elle l’aimait : c’est l’opinion de ceux qui lui ont fait la cour.

Aujourd’hui on dit que Pons aurait fui. Je suis impatient de savoir le sort de cette pauvre femme.

23 avril.

Le bruit est confirmé. Madame de Pons aurait appris, à onze heures du matin, par le valet de chambre, que monsieur n’était pas rentré de la nuit et qu’il avait laissé sur sa table une lettre pour madame.

On dit que, l’avant-veille, le misérable aurait eu l’audace de demander à sa femme ses bijoux : « Ma chère, ils ne sont pas en sûreté ; on cambriole, le jour comme la nuit : permettez que je les enferme dans le coffre-fort… » Il a emporté les bijoux, et la fortune avec.

28 avril.

Madame de Pons s’est retirée rue du Bouquet-d’Auteuil, chez madame Delaunay, sa mère. J’y suis allé tantôt. On ne cache rien, sauf le rapt des bijoux. Madame de Pons n’a pas paru. On a parlé de divorce ; la mère serait d’avis de déposer une demande, mais la fille s’y oppose. On prétend — mais est-ce vraisemblable ? — qu’elle aurait dit :

— Il reviendra. Je l’attendrai.

L’aimait-elle donc ?… Oh ! le chenapan !