— Assez ! assez ! je vous en prie.

Elle a tout de même ajouté :

— Vous voyez que je suis franche…

J’ai dit :

— Oui, oui.

Et nous avons causé, comme si de rien n’était.

Même jour.

Évidemment il était fatal que, faisant une première promenade en tête à tête, avec elle, dès le moment que nous serions assis, je dusse « parler ». Femme, elle a senti cela, elle a pris les devants pour m’épargner d’avoir cet air toujours un peu sot qu’on a quand on fait, sur un ton chaleureux, une proposition qui n’est pas acceptée.

Je pense : « Elle a été cruelle… » Mais non ! Devinant que j’allais lui dire : « Je vous aime », elle me devance et me dit : « Je ne crois pas que je vous aime… » Elle sait mon amour-propre, elle sait le supplice rétrospectif qu’eût été pour moi, après coup, le souvenir de mon attitude en formulant l’aveu, et de mon émotion, de mon émotion dédaignée ! Sa brusquerie a été un moindre mal ; par là, elle entendait ménager une susceptibilité qu’elle connaît trop ! D’ailleurs, elle croyait que nous « parlerions » encore, après coup. Et comme elle eût, j’en suis certain, pansé la fraîche blessure ! Elle y comptait, elle avait tous ses baumes ; ma douleur, elle l’aurait endormie ; nous serions revenus causant, non pas de notre amour, mais d’amour ; et ce sujet, entre elle et moi, comme elle était persuadée qu’il me serait doux !… C’est moi qui ne l’ai pas voulu…

Je ne l’ai pas voulu !… Oh ! non, pas de consolation pour moi ! J’aime mieux une douleur aiguë, le sang qui gicle vif et pur, après le coup rapide, le stylet retiré aussitôt.