— Donnez-moi des nouvelles, je ne sors plus guère…

Elle a eu un mot assez raide. A sa mère qui ne se rappelait plus la date d’un petit fait, elle a dit :

— Maman, voyons ! c’était la veille du départ d’Amédée.

On a un peu frissonné. Mais le mot n’était pas prémédité ; il correspondait à sa pensée, simplement : Amédée est parti à telle date, personne ne l’ignore ; pourquoi ne point dater du départ d’Amédée ? Elle le nomme Amédée : s’en étonne-t-on ? Mais c’est qu’il a nom Amédée : elle ne va pas l’appeler « ce goujat ! »… Tout de même, cela signifie qu’il n’est pas mort, qu’il n’est pas supprimé. Il est parti, mais sa qualité de mari subsiste : le règne d’Amédée continue.


La voix de madame de Pons, il me semble qu’elle suspend le mouvement, la circulation, dans ma poitrine : tout s’arrête en moi, pour entendre.


Quand sa longue jambe remue sous la soie légère, j’éprouve une espèce de frémissement qui me rappelle celui que certaines choses d’art m’ont causé. Ce n’est cependant pas d’admiration que je suis ému, et je ne crois pas que ce soit de désir…


Elle m’a dit :