Je t’ai dit :

— Non, vraiment, est-ce que cela ne valait pas la peine ?…

Tu m’as dit, plus tendrement que jamais :

— Mon chéri !… Mon chéri !…

Tu semblais bien émue, tu l’étais !…

C’était le premier jour où tu t’étais excusée de ne pouvoir venir chez moi, sous le prétexte d’une course indispensable au Louvre. Je t’avais suppliée : « Que je vous aie au moins un instant dans ce jardin !… » Oh ! que je te sais gré d’être venue. — Tu n’allais pas au Louvre, mais au premier rendez-vous de ton mari !…

23 février.

Pourtant tu ne t’es pas détournée de moi ! Et même tu reviens, en amoureuse, en suppliante. Ce n’est pas toi qui t’es détournée encore, c’est ton instinct secret, tes habitudes de dix années, tes souvenirs, la figure de femme que tu as faite longtemps devant le monde… Ma chérie, tu me tendais les bras, et tout cela regardait ailleurs ! Tes yeux, que tu sais que j’aime tant, tu me les donnais ! et ta bouche, tu me l’offrais, il n’y a qu’un instant, — pour m’affoler, pour que nous nous affolions ensemble, n’est-ce pas ? pour que tu oublies, un moment, ce poids qui t’entraîne en arrière ; pour que moi, un moment, stupide, je ne m’aperçoive pas que tu ne viens pas toute à moi ?… Mais quels subterfuges, quels philtres, quelles drogues, je te demande un peu, pour un amour comme le nôtre ! Devant la mort, il faut avoir le sang-froid de dire : « C’est la mort. »

25 février.

Je me tiens le plus décemment que je peux. Mais comme j’embrasserais quelqu’un qui oserait me dire : « Mais pleurez donc, mon ami !… »