— Qu'est-ce donc? lui demanda-t-on.
— C'est, dit-il aussitôt, une arme qui me fut dérobée récemment.
Périna demanda qu'elle lui fût remise. Arétin lui-même la lui déposa entre les mains, sans vouloir toutefois recevoir son regard. Et la jeune femme considéra la lame avec une attention particulière. Elle alla même jusqu'à déclarer qu'elle ne s'en séparerait plus. Plusieurs pensèrent qu'elle avait perdu la raison.
Arétin voulut profiter de ce qu'elle s'exaltait et de ce que des couleurs lui revenaient au visage, pour la lutiner et s'approcher de ses lèvres, car sa passion augmentait, et tous en étaient témoins. Elle lui signifia froidement de se retirer. Comme il n'en faisait pas la mine, elle lui dit, avec tranquillité, qu'étant armée de la dague, elle le saurait bien tenir aisément à l'écart. Il voulut rire du plaisant propos. Mais elle le piqua si adroitement qu'il se releva d'un bond en portant la main à la poitrine où une gouttelette de sang perlait. Périna sourit. Personne n'osa s'indigner de l'audace de la jeune femme, car il était visible à tous que désormais Arétin l'adorait.
Sur ces entrefaites, il se produisit une rumeur sous la fenêtre, et l'on distinguait d'assez vives altercations entre les gens d'une gondole et les personnes de la compagnie qui se tenaient sur le balcon pour annoncer les premiers la nature des objets repêchés sous les eaux.
— C'est impossible, disait-on du balcon, vous ne le ferez pas!
— Cependant, les règles sont formelles, faisaient les juges d'honneur, et nous accomplirons notre tâche jusqu'à l'extrémité.
— Mais ceci n'est point un objet…
— Ceci a été trouvé à moins de vingt brasses de l'endroit indiqué ; nous l'apporterons donc comme le reste.
— Non! non! vous ne le ferez pas!