Je jure que je crus mourir en voyant cela et que j'accomplis quelques prières extravagantes de Myrrha, — comme d'agrafer moi-même sa ceinture, — de la façon dont les machines dociles, au théâtre, portent et supportent les dieux. Ma bouche serrée fut quelque temps muette ; puis, j'eus une envie de pleurer, que je retins, à cause de la présence de ces Barbares. Enfin, quand je pus parler :
— Myrrha! ma petite Myrrha! lui dis-je, quelle fantaisie ou quelle folie t'a prise tout à coup en face de ces vilains hommes mal épilés et beaucoup plus vulgaires que ceux que nous avons fuis pour venir nous aimer ici, Myrrha, il y a de cela neuf jours à peine révolus?
— Oh! je t'aime! dit-elle, en nouant ses beaux bras à mon cou dans une pose à charmer jusqu'aux lents coquillages ou aux écueils de la mer.
Elle reçut mon baiser, puis elle tourna la tête et m'échappa des mains.
— Je t'aime, dit-elle encore, je n'aime que toi, mon amour.
Et elle était toute penchée déjà vers les hommes des petites barques, qui levaient de son côté de lourds yeux chargés d'étonnement et de désirs.
Je me suspendis au tissu léger de sa tunique et fis céder la petite fibule d'or qui retenait ce vêtement à la gorge. Je vis la peau blonde de l'épaule, durant que des hommes aux mauvais accents, qui étaient pour le moins des îles tributaires, s'écriaient dans les barques : «Evohé! c'est Aphrodite elle-même!» ce que ceux qui étaient des Barbares traduisaient en leur langue.
— Je t'aime! jetai-je à Myrrha, alors qu'elle était déjà loin et que des mains froissaient ses vêtements ; car en cet instant je ne me souvins plus que de l'aimer. Elle répondit :
— Je n'aime que toi!
On voyait qu'elle était partagée entre la joie et la tristesse. Je lui criai :