Elle regarda la figure sublime de la Vierge, et l'élan de Madeleine. Elle comprit; ses yeux s'humidisèrent encore; elle dit:
—Je vais mieux!
—Mon Dieu! mon Dieu! fit Mme Vitellier, ne sachant que penser de tout cela. Monsieur, ajouta-t-elle bonnement, regardez, je vous prie, si cette enfant n'a pas changé depuis dix minutes, du tout au tout.
—Les jeunes filles, Madame, sont comme les fleurs dont les peintres se plaignent qu'elles n'aient aucune stabilité.
—Oh! dit Marie.
Je dus lui demander tout bas pardon de mes paroles banales.
Cependant Mme Vitellier, qui se remettait moins promptement que Marie, demeurait dans une grande perplexité. Il était visible à toutes sortes de petits mouvements saccadés de sa personne, qu'elle se demandait s'il n'était pas encore temps de fuir, d'emmener Marie loin de Florence où j'étais. Mais le miracle qui s'accomplissait dans la figure de la jeune fille la retenait. Elle était fort tentée de renoncer à la lutte, de s'abandonner à la destinée. Cependant la vision sans doute de la figure implacable de son mari lui donnait une brusque épouvante. Elle avait le sentiment d'endosser, dans l'instant, une responsabilité énorme. On ne lui accordait pas une minute de répit. Mon exaltation empêcha que je prisse pitié d'elle; j'étais si convaincu de la légitimité de mon amour, que tout ce combat m'apparaissait plutôt sous une forme burlesque. J'eusse pu, par simple discrétion, faire mine de laisser ces dames, et me retirer, provisoirement au moins. Je n'y pensai seulement pas. Je donnais libre cours à mon émotion; je manifestais ouvertement mon bonheur. Marie ne se cachait pas davantage. Je ne tardai pas à avouer que ma présence en Italie n'avait pas d'autre but que de parcourir les endroits où nous avions passé ensemble, soit avant de nous connaître, soit après cet inoubliable événement. Marie m'encourageait avec ardeur. Je confessais mon amour. J'y trouvais une étrange félicité, un goût insoupçonné; cette grande et grave détente m'enivrait à mesure. L'attitude de ma chère aimée bienheureuse, suspendue à mes lèvres, transfigurée et implorant cette pauvre maman terrorisée de son rôle, en face de cette scène religieuse, de Jésus en croix, dans cette sorte de chapelle, dans la solitude de ce cloître, tout rendait solennelle la minute présente. Mme Vitellier, très émue, s'avança tout à coup, me prit les mains:
—Je suis touchée, Monsieur, de la grande sincérité, de la grande honnêteté de vos sentiments... Votre compagnie nous sera agréable.
Je remerciai, fortement remué moi-même, garanti de l'attendrissement par l'étonnement que l'on éprouve à voir le chemin parcouru en si peu de temps. Marie alla silencieusement embrasser sa mère; c'était, à elle, son aveu. A ce moment, quelques personnes entrèrent et nous quittâmes le couvent Saint-Marc.
—Nous y reviendrons?