»  — Là ! derrière cet arbre touffu, à droite, il est là. C’est un mangeur d’hommes. »

» Je regardai : en effet, un énorme lion, rampant à travers les jungles, s’avançait dans notre direction. Un rugissement épouvantable retentit de nouveau, qui me fit frémir de la tête aux pieds.

» Je distinguai aussitôt les cris de deux de mes Boschimen, et un instant après l’un d’eux, nommé Raft, arriva en courant près de moi, sans pouvoir prononcer une parole, tant sa terreur était grande. Ses yeux sortaient de leurs orbites. Enfin il s’écria :

»  — Le lion ! le lion ! Il a emporté Tato et l’a enlevé près du feu, à mes côtés. J’ai frappé à la tête le terrible animal avec un tison enflammé, mais il n’a pas voulu lâcher sa proie. Tato est mort ! Grand Dieu ! Tato est bien mort ! Courons à la recherche de son cadavre. »

« En entendant ces paroles, tous mes hommes se ruèrent vers le feu et s’emparèrent de brandons enflammés.

» Je ne pus m’empêcher d’exprimer ma colère en les voyant agir de la sorte, et je leur dis que le lion ferait d’autres victimes s’ils ne se tenaient pas tranquilles. Ne fallait-il pas prendre des mesures de prudence ? Ils comprirent ce raisonnement et se rangèrent autour de moi pour écouter mes conseils.

» Je fis d’abord lâcher mes chiens, qui tiraient sur leurs chaînes et voulaient s’élancer hors du campement ; mais ceux-ci, au lieu de se jeter à droite, vers l’endroit où s’était réfugié le lion assassin, se précipitèrent à gauche, sur une autre piste.

» Nous entendions les chiens aboyer avec force, tandis que, de temps à autre, les rugissements de l’animal frappaient nos oreilles. Parfois le lion s’élançait vers eux et les hounds revenaient vers nos chariots.

» Cela dura jusqu’au jour. Dès que le crépuscule nous permit de voir à quelques pas devant nous, tous les Boschimen armés de fusils s’avancèrent par mes ordres à droite, à quatre mètres de distance les uns des autres. Je m’étais placé au milieu et je formais la pointe du triangle.

» Nous parvînmes ainsi près d’un ravin où le lion avait traîné l’infortuné Tato. L’un de mes hommes avait trouvé la jambe de ce brave camarade, coupée au-dessus du genou. Le soulier était encore au pied. L’herbe et le buisson étaient couverts de sang et les fragments des habits de Tato épars çà et là.