Les tornades de l’été présentent les mêmes caractères dans toute la zone sahélienne, mais, dans l’Adr’ar’ et dans l’Aïr, l’horizon est toujours borné, de sorte qu’on voit mal l’ensemble des phénomènes. Dans les pays de plaine, on les voit au contraire fort bien ; de loin, les tornades sont nettement délimitées et on peut les embrasser d’un seul coup d’œil. Elles sont habituellement d’une violence extrême ; sur le fleuve, les chalands sont obligés de se mettre à l’abri et malgré cette précaution, ils sont violemment agités par la houle qui accompagne le coup de vent ; malgré l’abri que procurent les berges du fleuve, les vagues embarquent fréquemment. La tornade pousse le plus souvent devant elle une colonne de poussière que l’on voit s’avancer de loin comme un grand mur jaunâtre ou rougeâtre et qui semblé être l’origine des brumes du Soudan. Au-dessus de cette colonne, on aperçoit souvent un cumulo-nimbus.
Parfois il n’y a pas autre chose et la tornade est sèche ; souvent aussi elle amène la pluie ; dès qu’il pleut, le vent change complètement de direction et diminue de vitesse.
Les cyclones (?) qui donnent naissance à ces tornades sont de très petit diamètre, aussi sont-ils en général sans influence sur le baromètre.
La plupart de ces tornades sont de courte durée ; elles sont accompagnées d’ordinaire d’éclairs et de tonnerre et apparaissent le plus souvent le soir ou la nuit ; parfois aussi elles commencent à minuit ou une heure du matin.
Ces perturbations violentes et brèves sont certainement les plus fréquentes dans la zone sahélienne ; cependant la pluie prend quelquefois un caractère différent. Le 22 juin 1906, à l’est de Matankari (13°,40′ Lat. N.) tout près de la limite des zones soudanaise et sahélienne, de huit heures et demie à huit heures trois quarts du matin, j’ai noté un fort orage, accompagné de grêle, par vent d’est ; à neuf heures le vent (3)[105] était passé au sud-est et une pluie fine, très continue et peu abondante, d’un type familier en Europe, commençait à tomber ; vers dix heures le vent devenait sud-ouest (2) ; la pluie cessa à onze heures ; pendant ces deux dernières heures, il n’y a eu ni éclair ni tonnerre.
Le 26 juin au soir, le vent était assez faible et soufflait du sud ; vers minuit il passait brusquement à l’ouest ; dès que la pluie, qui dura de minuit à onze heures du matin, le 27, commença à tomber, le vent assez faible s’établit à l’est ; à 11 heures, il était passé au sud-ouest (4) ; toute l’après-midi, il se maintenait à l’ouest (1).
Dans la majeure partie du Sahara, le vent dominant souffle du nord-est ; les dunes fournissent à cet égard un excellent enregistreur et il ne saurait y avoir de doute ; les dunes fossiles qui s’étendent du Sénégal au Tchad montrent qu’à une époque antérieure le régime était le même, comme il fallait s’y attendre puisque les causes qui déterminent les alizés sont permanentes.
Il y a cependant quelques exceptions. Les unes sont très locales et probablement négligeables : le bras d’erg qui borde à quelques cents mètres la falaise orientale du tassili Tan Adr’ar’ indique des vents d’ouest. D’autres sont plus importantes ; dans la région du Cap Blanc les vents viennent du nord d’une façon presque constante. La même direction domine entre Araouan et Taoudenni : les bras d’erg s’étendent de l’est à l’ouest sur 300 kilomètres et il ne peut être question ici de remous locaux. Les dunes fossiles entre Araouan et Tombouctou indiquent au contraire des vents du sud ; l’asséchement du lac de Taoudenni n’est peut-être pas étranger à ce changement de régime.
D’ailleurs les dunes ne peuvent donner que la résultante du vent ; les quelques observations que l’on a montrent des variations saisonnières considérables. Tamanr’asset, d’après les observations relatées plus haut, en fournit un bon exemple. A In Salah, en 1905, on a noté 460 fois le vent du nord-est ; 194 fois du nord ; 84 fois du sud-ouest ; à Tombouctou, 215 fois du nord, 194 fois du nord-est, 188 fois du nord-ouest, 166 fois du sud-ouest et 146 fois de l’ouest ; les autres directions sont rares. La même année, à Zinder, le vent dominant a été est-nord-est de janvier à fin avril ; il a été sud-ouest en mai et juin, variable en juillet et août ; en septembre et octobre, le vent d’ouest a été le plus fréquent ; celui d’est, en novembre et décembre.
Ces changements sont évidemment liés à la saison des pluies ; il semble que l’Adr’ar’ est un centre de pressions basses pendant l’été, hautes pendant l’hiver. Gautier [cf. t. I, [ p. 52]] a insisté sur le rôle possible des grands ergs, plus chauds en été et plus froids en hiver que les hammadas voisines, dans la distribution des pressions : les hammadas et les ergs constituent peut-être au Sahara, au point de vue météorologique, des entités aussi distinctes que, à la surface du globe, les mers et les continents.