Malgré les nombreux documents déjà connus, il semble qu’un essai de synthèse serait prématuré.
II. — LA BRUME
La brume est fréquente au Sahara où elle se présente sous deux aspects essentiellement différents. Par beau temps, le sol est surchauffé, la température du sable dépasse souvent 60°. Les couches d’air voisines du sol acquièrent une température élevée ; les filets d’air chaud qui s’élèvent à travers l’air plus froid ne s’y mélangent pas de suite. Les parties basses de l’atmosphère ne sont pas homogènes et perdent leur transparence ; les différences entre les indices de réfraction de l’air chaud et de l’air froid amènent des déformations des images qui sont le plus souvent très allongées dans le sens vertical ; une touffe d’herbe prend figure d’un arbre ; un méhariste simule un peuplier. Ce phénomène extrêmement fréquent se complique souvent de mirage, dû lui aussi à des différences de température entre couches d’air voisines.
Cette brume de réfraction et le mirage sont visibles surtout pendant les heures chaudes de la journée ; un vent moyen ne fait disparaître ni l’un ni l’autre ; on les observe dans tout le Sahara et dans le nord du Soudan.
Dans les parties méridionales du Sahara, au sud d’In Zize comme au sud de l’oued Tagrira, ainsi que dans l’Ahaggar, une brume d’origine toute différente, et que l’on retrouve au Soudan, accompagne la saison des pluies tropicales. C’est une brume aussi opaque que n’importe quel brouillard septentrional, épaisse à ne pas voir un chameau à 5 mètres ; elle atténue considérablement l’éclat du soleil qui prend une couleur blanche et ressemble à la pleine lune ; parfois même la brume est assez épaisse pour masquer complètement le soleil ; en plein midi, on ne voit même pas où il est et il devient impossible de s’orienter sans boussole.
Cette brume est souvent presque journalière ; entre Timissao et In Ouzel, nous l’avons notée les 19, 20, 21 et 22 juin 1905. A cette dernière date, la caravane a passé au pied de la gara Tirek, sans pouvoir la distinguer ; des gazelles, habituellement plus farouches, ont marché quelque temps au milieu du convoi. Cette brume se manifeste fréquemment la nuit, ce qui montre son indépendance des phénomènes thermiques : dans la nuit du 23 au 24 juin, à In Ouzel, un coup de vent d’une violence extraordinaire amène une obscurité absolue ; on a l’impression de la cécité la plus complète ; jamais la nuit la plus sombre n’a donné une pareille sensation.
Cette brume n’a rien à voir avec le brouillard ; elle n’est pas humide ; le 19 juin, en pleine brume, les thermomètres, sec et humide, indiquent respectivement 27° et 14° ; le 30 juin, 32°,5 et 21° ; le 22 juin, 28° et 18° ; le 30 juillet, 42° et 24°,5. Elle est due à de fines particules argileuses en suspension dans l’atmosphère ; ces poussières très ténues sont impalpables ; elles ne décèlent leur présence que par un dépôt jaunâtre qu’elles laissent sur les vêtements et les cheveux. On les voit bien surtout lorsqu’il commence à pleuvoir : chaque goutte de pluie aussitôt évaporée laisse sur la peau une tache de boue.
Parfois la nuée argileuse est nettement visible et les deux observations suivantes permettront de saisir le mécanisme de sa formation.
Le 25 juillet 1905, dans la vallée de l’oued En Néfis, au sud de Timissao, la journée avait été assez belle ; la brume, légère le matin, avait disparu vers midi ; il y avait eu peu de vent, sauf une brise légère de l’ouest, vers trois heures.
A six heures et demie un arc-en-ciel double était visible vers l’est ; vers le sud, il y avait une menace d’orage ; quelques minutes plus tard un nuage de poussière, couleur terre de Sienne, bien délimité, venait rapidement sur nous ; il suivait assez exactement la vallée, large en ce point de 3 km. 5 à peu près et bordée de falaises hautes d’une quarantaine de mètres. Ce nuage était amené par un fort coup de vent du sud qui dura une heure environ. Après une heure de calme, le vent se remettait à souffler du nord ; il était accompagné de pluie et il y eut plusieurs averses dans la nuit.