La zone sahélienne et le Sahara[107] méritent une étude un peu plus détaillée.
Zone sahélienne. — La haute plaine du Tegama appartient à cette zone et semble en présenter nettement les caractères moyens ; elle forme très nettement la transition entre le désert et les zones fertiles de l’Afrique centrale.
Lorsque l’on vient d’Agadez, jusqu’à Ekelfi (16° Lat.), à 40 kilomètres de la falaise de Tigueddi, le sol est souvent à nu pendant plusieurs kilomètres ; les arbres, des talah surtout, sont rares et rabougris ; seuls quelques oueds renferment des graminées. Au sud d’Ekelfi, les grandes clairières disparaissent ; il y a presque partout des arbres hauts de 2 à 4 mètres, une cinquantaine à l’hectare. Après Takado (80 kilomètres au sud d’Ekelfi) les graminées ne sont plus localisées dans les vallées et forment un tapis continu ; les arbres atteignent souvent 5 à 6 mètres et sont plus rapprochés ; les essences sont aussi plus variées et il y a parfois des clairières avec de véritables prairies (Pl. XIX, [phot. 35]).
Toute cette partie sud du Tegama constitue une excellente région d’élevage que l’insécurité du pays avait obligé à abandonner : avant notre arrivée, pendant la saison sèche, les nomades d’Agadez ne pouvaient utiliser ces très bons pâturages et étaient obligés d’envoyer leurs troupeaux jusqu’aux pays haoussa[107].
Plus au sud encore, vers la mare de Tarka (14°,30′ Lat.), comme entre le Damergou et Ouamé, la brousse devient assez serrée pour qu’il soit difficile de quitter les sentiers. A l’est de l’itinéraire que j’ai suivi, d’après les renseignements concordants de Barth et de Foureau, ainsi que du commandant Gadel, la transition se fait de la même façon ; il y a à noter toutefois que la zone dénudée du nord est plus large.
J’ai observé cet aspect en novembre 1905 ; quelques semaines plus tôt, après la saison des pluies, la poussée des plantes annuelles doit apporter quelques changements à l’aspect du Tegama.
La transition entre le désert d’un côté et la forêt ou la prairie de l’autre, se fait très graduellement ; la steppe, qu’il est aussi classique qu’inexact de décrire comme entourant le désert, fait ici entièrement défaut.
Le Tegama est en somme un pays sec ; la nappe d’eau y est très profonde et a peu d’influence sur la végétation. Il y existe cependant quelques mares permanentes (tin Teborak, Tarka) où la végétation devient fort belle ; des arbres de haute taille, l’Acacia arabica surtout, poussent en grand nombre dans les parties régulièrement inondées, et donnent, à quelques hectares, l’aspect d’une véritable futaie. Autour de cette végétation forestière, on observe habituellement une ceinture, large d’une centaine de mètres, où abondent les teboraq, les jujubiers, les delga, qui manquent dans les parties plus sèches. Quelques sous-arbrisseaux à port de bruyère les accompagnent. Enfin, dans certaines mares tout au moins, comme à Tarka, les plantes aquatiques abondent : les nénuphars et les utriculaires couvrent de vastes espaces ; les Cyperus, accompagnés d’un grand volubilis à fleurs rouges (Ipomæa asarifolia ?), forment d’épais massifs dans les points où l’eau est peu profonde.
L’allure de la végétation dans le Tegama parait bien typique pour toutes les parties sèches de la zone sahélienne ; Nieger [La Géographie, XVI, p. 369] indique que, au nord du Timétr’in[108], les gommiers couvrent les thalwegs de certains oueds en fourrés assez épais pour que, de loin, on puisse croire à de véritables forêts ; les tribus touaregs, qui nomadisent dans cette région, exigent des caravanes qu’elles respectent leurs arbres ; E.-F. Gautier [La Géographie, XV, p. 110 et suiv.] insiste sur la continuité de la brousse à mimosées, tout le long de l’oued Tilemsi, continuité qui a également frappé Combemorel [Bull. Comité Afr. Française, déc. 1908]. La forêt de gommiers de Tombouctou, qui dessine trois bandes entre le Niger et Araouan, appartient à la même formation végétale qui s’étend jusqu’au voisinage de l’Atlantique où j’ai pu l’observer récemment entre Saint-Louis et Nouakchott ; vers l’est, de Zinder au Tchad, on retrouve le même aspect : les arbres n’ont disparu qu’autour de certaines mares à natron (Garamkawa, Gourselik) dont l’utilisation industrielle exige beaucoup de combustible.
J’ai déjà indiqué, à propos du Tegama, que les mares créaient des stations botaniques bien caractérisées ; du Niger au Tchad, on observe le même fait ; mais parmi les arbres, le doum, qui manque à peu près complètement dans le Tegama, prend la première place. Lorsque le bas-fond humide est éloigné de tout village, les doums deviennent de beaux arbres ; dans le cas contraire, leurs troncs assez droits étant un des bois les plus utilisés pour la construction, l’on ne trouve plus que de jeunes pousses formant d’épais fourrés dont l’aspect rappelle les palmiers nains d’Algérie. Les postes militaires surtout, avec leurs constructions assez importantes, ont dû sacrifier de nombreux palmiers qu’il a souvent fallu aller chercher à une cinquantaine de kilomètres.