J’ai pu suivre en février 1906, à un moment où les eaux du lac s’étaient retirées, la rive nord du Tchad ; les arbres y sont rares, sauf sur les dunes, où l’Acacia tortilis et le Salvadora persica forment de nombreux buissons ; entre les dunes et le lac, s’étend un terrain plat où dominent les graminées : le mrokba, dans les points ensablés où il pousse sur des buttes de sable hautes d’un demi-mètre (nebka), et des graminées plus humbles qui forment une véritable prairie dans la régions où les argiles quaternaires sont à nu. Sur les bords mêmes du lac, le sommet de la berge est occupé par le Calotropis procera auquel se joignent quelques rares Leptadenia et Salvadora ; plus près de l’eau des roseaux (Arundo Phragmites) et de grands scirpes forment d’épais fourrés, au milieu desquels on trouve souvent des buissons de grandes composées et de grandes malvacées ; un acacia, remarquable par la légèreté de son bois, l’Ambadj (Hermineria elaphroxylon) y est assez commun.
Lors de mon passage, la sécheresse du sol, causée par le retrait du Tchad, avait amené en bien des points la mort, au moins apparente, des roseaux dont il ne subsistait plus que des tiges desséchées. Entre ces tiges, une végétation nouvelle cherchait à s’établir, où dominaient de jeunes Calotropis ; Chevalier [L’Afrique centrale, p. 416] a observé des faits bien analogues sur la lisière méridionale du lac, au voisinage de Hadjar El Hamis, où cependant la végétation est plus variée.
La zone d’inondation du Niger présente aussi quelques caractères spéciaux parmi lesquels le plus remarquable est l’existence de prairies aquatiques où domine le Panicum burgu A. Chev.[109].
Ces prairies, qui sont fréquentes surtout entre Segou et Ansongo, couvrent au moins 250000 hectares ; elles atteignent leur plus beau développement dans la région du lac Débo ; mais on les trouve aussi dans les régions lacustres de la boucle du Niger et de Goundam ; le bourgou est encore répandu dans les mares des Daouna ; il manque à peu près complètement dans le Faguibine.
Ces grandes graminées, dont les chaumes atteignent 2 mètres de haut, fournissent un fourrage excellent, et, coupées jeunes, donnent un foin de bonne qualité. Les indigènes les utilisent en cas de disette pour leur propre nourriture ; en tout temps, ils en extraient le sucre qui y est abondant et l’emploient à la préparation de liqueurs fermentées. On a pu en extraire un alcool assez pur, produit qui dans ces régions où le bois est rare et où les combustibles minéraux manquent, peut être appelé, comme producteur d’énergie, à un grand avenir.
Il semble cependant que pour la fabrication de l’alcool au Soudan, il vaut mieux s’adresser aux céréales indigènes (riz, mil, etc.,) dont la culture, facile et bien connue des noirs, peut être considérablement accrue, et dont le rendement en alcool est certain.
Les mares à natron de la région de Manga montrent quelques particularités intéressantes ; les nénuphars et quelques autres plantes d’eau douce y font défaut et sur leurs bords il y a parfois des tamarix ; mais l’aderas n’y est pas rare, malgré l’humidité : on a souvent signalé des convergences analogues entre la flore des régions sèches et celle du bord de la mer.
Les dépressions salées, situées à l’est du Tchad, présentent les mêmes caractères.
Il existe, dans la zone sahélienne, quelques districts accidentés : le Koutous et l’Alakhos présentent quelques faits dignes de remarque (fig. [59] et [60]). Dans ces deux régions, qui sont en somme des plateaux gréseux posés sur la haute plaine du Tegama, la nappe d’eau qui alimente les puits est trop profonde pour que la végétation puisse en profiter, aussi le fond de toutes les vallées est-il occupé par une brousse serrée où dominent les acacias et les aderas caractéristiques des parties les plus sèches du Tegama ; les plateaux gréseux et les dunes qui s’y appuient, très perméables, jouent le rôle d’éponge et emmagasinent l’eau qui tombe assez régulièrement sur ces régions un peu élevées, situées juste à la frontière des zones saharienne et sahélienne. Sur les dunes, des essences à feuillage moins maigre, le Balanites Ægyptiaca, le Bauhinia reticulata, le Salvadora persica, le Calotropis procera forment le fond de la végétation spontanée ; c’est également sur les mêmes dunes que sont établis les champs de mil et, en quelques points privilégiés, d’ordinaire au contact de la dune et des grès, les cultures de coton ; sur le plateau reparaissent les talah et les aderas.