Fig. 63. — Coupe demi-schématique d’une vallée d’Aïr : le K. Teloua à Salem-Salem (35 km. au nord-est d’Agadez).

A, Alluvions ; B, Gneiss et Micaschistes ; B′ Roches éruptives ; 1, berge du Kori. Mousses et hépatiques (Ricciées) ; 2, zone du Calotropis procera. Grandes graminées. Aristoloche. Ipomæa. Gazon de graminées avec nombreuses dicotylédones herbacées. La largeur très variable de cette zone ne dépasse pas 10 mètres ; 3, zone des Cucifera thebaica et Acacia arabica, atteignant 8 à 10 mètres de haut. Le sous-bois, très gazonné, contient des arbustes, Salvadora persica, Boscia senegalensis, Jujubier, etc. La largeur de cette galerie forestière varie de 10 m. à 50 m. ; 4, zone de l’Acacia tortilis (2 à 3 m. de haut). Quelques touffes isolées de Graminées, Cassia, etc. ; 5, Végétation presque nulle. Quelques graminées dans les fentes de la roche ; parfois, Boucerozia.

Mais ici les vallées d’alluvions sont parfois fort larges ; elles peuvent atteindre plusieurs kilomètres et forment à la saison des pluies de véritables prairies couvertes d’un gazon continu, parsemé de quelques arbres.

Ce qui domine en somme et de beaucoup, dans cette zone sahélienne, c’est la brousse à mimosées, variété de la forêt, mieux armée contre la sécheresse que la prairie ou la steppe. La savane ne s’y rencontre que très accidentellement dans quelques larges vallées où les alluvions restent toujours humides ; quant à la véritable prairie, elle est encore plus rare ; elle ne pousse que dans quelques bas-fonds inondés l’hiver, bas-fonds qui se couvrent, après les pluies, d’un gazon épais, haut d’un pied, et au milieu duquel se montrent quelques grandes fleurs comme dans les prairies de France.

Dans l’étude de la zone sahélienne, un point important reste encore à élucider ; beaucoup d’espèces végétales connues au voisinage de l’Atlantique se retrouvent jusqu’en Nubie : sur les 49 espèces ligneuses que Chevalier énumère autour de Tombouctou, les quatre cinquièmes sont dans ce cas. Il y a donc une grande uniformité dans la végétation depuis le Sénégal jusqu’à la mer Rouge. L’Euphorbia balsaminifera cependant n’atteint pas le Tchad et dépasse peu le Mounio ; quelques autres espèces, qui s’étendent du bassin du Nil jusqu’à Tombouctou, ne sont pas connues plus à l’ouest. Il y a donc au moins des indices d’une subdivision de la zone sahélienne en longitude. Les faits connus avec précision ne sont malheureusement pas encore assez nombreux pour que l’on puisse chercher à définir ces régions botaniques, d’importance évidemment secondaire.

Zone saharienne. — Les deux types principaux de végétation, les forêts et les prairies, qui se partagent la terre exigent tous deux une certaine abondance d’eau ; le développement des forêts n’est pas entravé par de longues sécheresses de l’atmosphère, pourvu qu’il existe toujours, à portée des racines, une nappe aquifère suffisante. Au contraire, les prairies ont besoin de pluie pendant la période de végétation.

Forêts et prairies se développent à l’ordinaire sur de vastes surfaces, les causes climatiques qui les déterminent ne variant que lentement. La continuité de ces deux formations est parfois localement interrompue par des détails tenant au sol même (causes édaphiques[111]) ; par exemple, une coulée volcanique récente créera au milieu de la forêt de châtaigniers qui couvre les flancs de l’Etna une bande dépourvue de toute végétation ; au sud du Massif Central de France, les calcaires fissurés des Causses permettent à l’eau de descendre rapidement à de grandes profondeurs : la surface du plateau est presque un désert. De semblables particularités sont l’accident et les petits déserts édaphiques qui en résultent n’ont qu’une importance minime dans l’étude de la géographie botanique de l’Europe.

Au Sahara il en est tout autrement : la rareté des pluies, la haute température de l’été, les froids de l’hiver, la fréquence des vents desséchants sont autant de causes qui s’opposent au développement des plantes.

Quelques points privilégiés comme les dunes, presque toujours humides en profondeur et où le peu de cohésion du sol permet aux racines de pousser rapidement, comme les vallées de l’Ahaggar où des seuils rocheux arrêtent de place en place l’eau qui imprègne les alluvions, se prêtent à la vie des végétaux. Au Sahara, le désert est climatique ; c’est l’absence de toute végétation qui est la règle. La vie ne reparaît que sur des points isolés ; elle est rendue possible par des causes édaphiques, causes variables d’un point à un autre et s’opposant à toute description vraiment générale des types de végétation.

Le désert diffère profondément des deux autres types de formation végétale dues au climat : il est hostile à toute végétation. La sécheresse, comme d’ailleurs le froid, atténue les différences qui séparent d’ordinaire la forêt de la prairie : sous le climat du désert, le sol est occupé de loin en loin par des végétaux, herbacés ou ligneux, qui sont adaptés à des conditions aussi défavorables. La forêt et la prairie sont des formations « complètes » : le sol est partout productif ; il n’y a pas de vides ; de nouveaux éléments ne peuvent s’y introduire que difficilement ; beaucoup de graines peuvent germer, mais la plupart des jeunes plantes sont étouffées par leurs voisines. Le désert au contraire est une formation « inachevée » : il y a toujours des places libres entre les touffes espacées et beaucoup de plantes meurent sans être remplacées. Les graines qui tombent sur le sol ne germent pas, ou bien les jeunes plantes succombent sous l’inclémence du climat. La lutte pour l’existence est dirigée contre des forces physiques et non plus biologiques.