Comme la zone sahélienne, le Sahara paraît, au point de vue botanique, en négligeant les quelques plantes venues du nord ou du sud, très homogène depuis la mer Rouge jusqu’à l’Atlantique : les 155 plantes du Sahara touareg, que M. Battandier a récemment étudiées, se décomposent à ce point de la façon suivante : 36 espèces à peu près cosmopolites ; 89 nettement sahariennes, dont 70 sont connues des rives de l’Atlantique jusqu’à l’Égypte ou l’Arabie.

Cette flore est d’ailleurs très pauvre et il est douteux qu’il y ait 1000 espèces phanérogames sur toute la surface du désert : seule, la flore polaire (800 espèces) peut lui être comparée, encore convient-il d’ajouter que les mousses et les lichens, qui existent à peine au désert, prennent une importance énorme, comme nombre d’individus et comme nombre d’espèces, dans les toundras du Nord. Dès qu’on arrive à des régions plus normales, le nombre des espèces s’accroît considérablement : le domaine méditerranéen, dont l’étendue est moindre que celle du désert compte environ 7000 phanérogames ; il y en a 3000 en Algérie, dont près de 1500 se trouvent, dans un rayon de quelques kilomètres, autour de Constantine. En France (4500 espèces), il est peu de cantons, même dans les régions les plus homogènes, dont le catalogue n’énumère 7 à 800 espèces, à peu près autant que dans tout le Sahara.

Cette flore est d’ailleurs encore assez mal connue ; les ouvrages des botanistes français se réduisent à peu près, pour le Sahara proprement dit, à : Cosson, in Duveyrier, Les Touaregs du Nord, 1864, p. 148-216[112] ; — Battandier, Résultats botaniques de la mission Flamand, in Bull. Soc. Bot. de France, XLVII, 1900, p. 441 ; — Plantes du Hoggar, récoltées par M. le Prof. Chudeau en 1905, in Bull. Soc. Bot. de France, LIV, 1907, p. XIII-XXXIV ; — Bonnet, in Foureau, Documents scientifiques de la Mission Saharienne, 1905, I, pp. 401-413 (la plupart des plantes proviennent du Soudan) ; — Abbé Chevalier, Notes sur la flore du Sahara, in Bull. de l’herbier Boissier, II, 3, 1903, p. 669-684 et p. 756-779 ; — II, 5, 1905, p. 440-444 ; — Ascherson, in Rohlf, Kufra, 1881, p. 386-559, donne plusieurs listes de plantes recueillies au sud de la Tripolitaine. La liste bibliographique assez étendue qui se trouve p. 407-408 dans le même ouvrage, sera facile à compléter avec les indications de Schimper, Plant Geography upon a physiological basis, 1903, p. 649-650.

Malgré l’homogénéité de la flore saharienne, il semble que les arbres permettent, à première vue tout au moins, d’y distinguer trois régions. Le talah qui, d’ailleurs vers le sud, atteint la zone soudanaise, semble se rencontrer partout, de la Mauritanie à l’Arabie ; quoique plus fréquent dans le Sahara méridional, on le connaît cependant avec certitude dans le Sud tunisien. Les tamarix qui viennent du nord, traversent eux aussi tout le désert ; on les retrouve dans la région du Tchad ; ce n’est cependant que jusqu’à l’Ahaggar qu’ils sont fréquents, la région littorale mise à part, bien entendu.

La plupart des autres arbres ou arbustes sont plus étroitement localisés. Le betoum (Pistacia atlantica Desf.), arbre des plateaux algériens, se rencontre encore, entre Laghouat et le M’zab, dans la région des Daya ; il pénètre à peine dans le désert. Un peuplier à feuilles coriaces et persistantes, dernier représentant d’un groupe qui a été fort abondant dans le tertiaire européen, le Populus Euphratica Ol. se trouve encore en quelques points du domaine méditerranéen (bords de l’Euphrate, Palestine, Constantine, etc.) ; on le connaît jusqu’au Tadmaït.

Quelques genêts (Retama Retem Webb., par exemple) qui se rattachent à des formes de la flore de la Méditerranée, jouent un grand rôle dans le Sahara algérien ; on les trouve dans le Grand Erg et ils se continuent dans l’Iguidi ; plus au sud, ils disparaissent.

Ces quelques exemples suffisent à expliquer pourquoi les botanistes qui ont étudié le nord du désert ont été amenés à dire que, « au point de vue de la composition de sa flore[113], le Sahara est actuellement une dépendance de la Méditerranée[114] ».

Le teborak (Balanites Ægyptiaca Del.), l’irak (Salvadora persica L.), l’asabai (Leptadenia Spartum Wight) et quelques autres, tous communs dans la zone sahélienne, remontent plus ou moins haut vers le nord ; ils s’arrêtent presque tous au tassili des Azdjer ou au Tidikelt. Ils permettraient d’affirmer, si on ne considérait qu’eux seuls, que dans sa partie méridionale, le Sahara est une dépendance du Soudan. On est donc amené par la considération des plantes en quelque sorte étrangères au désert, des plantes immigrées, à distinguer dans le Sahara deux zones, l’une algérienne au nord, l’autre soudanaise au sud.

La ligne qui les sépare vers le 26° Lat. N. du Tidikelt, se relève un peu vers l’est, contrairement à ce que l’on observe pour les limites des zones méridionales. Cosson[115] avait déjà fait remarquer que le Cucifera thebaïca qui remonte jusqu’au 29° Lat., en Égypte n’est noté par Barth que jusqu’au 21° Lat. ; le Cassia obovata (le séné) atteint le 30° Lat. au Caire et seulement le 25° Lat. à R’ât ; dans le sud de l’Ahnet, 24°,30′ Lat., il est commun.

En plein centre du Sahara, l’Ahaggar doit à sa haute altitude de former une région probablement très distincte. Quelques plantes, comme le câprier (Capparis spinosa L.), le tataït (Deverra fallax Batt.), un arbre à port d’olivier, l’oléou, encore indéterminé, et quelques autres ne se rencontrent qu’au-dessus de 1000 mètres. Un sedra, voisin du petit jujubier d’Algérie, le Zizyphus Saharæ Batt., paraît confiné dans l’Ahaggar et l’Adr’ar’ des Ifor’as. Quelques rosettes de larges feuilles, rappelant les grandes sauges d’Algérie, indiquent que, au cœur de l’Ahaggar, il y a quelques ruisseaux permanents et des conditions climatiques plus voisines de celles du Tell.