Les silos sont quelquefois employés pour conserver les céréales, dans les régions où il n’y a pas de termites (Tchad) ; ils sont utilisés aussi plus au sud pour conserver les fruits de karité, mais ces fruits fermentent vite et l’atmosphère d’acide carbonique qu’ils créent autour d’eux leur est une défense suffisante : tous les insectes avec leur riche appareil respiratoire sont particulièrement sensibles à l’asphyxie.

Cette culture du mil suffit largement à l’alimentation des états haoussa et bornouan ; elle permet même une assez large exportation vers le nord et l’on connaît, depuis Barth, l’importance du Damergou par l’alimentation d’Agadez et de l’Aïr. C’est une question qui sera précisée un peu plus loin ([chap. VIII]).

Au mil s’ajoutent presque partout quelques cultures accessoires : une sorte de haricot, le niébé (Vigna Catjang, Walp.) craint peu la sécheresse ; dans le Kanem, qui appartient à la zone sahélienne, on sème toujours du niébé avec le mil ; si la pluie est peu abondante le mil qui, les meilleures années, produit quatre ou cinq fois moins que plus au sud, ne donne rien, mais le niébé assure toujours une maigre récolte. Sa culture est aussi assez développée au Koutous.

Une médiocre variété de coton, à soie trop courte, mais cependant résistante, est très répandue dans tous les villages : j’en ai vu de forts beaux champs près de N’Guigmi et dans le Koutous ; un peu plus au sud, il en existe partout.

On a essayé l’introduction de variétés américaines : en 1906, une centaine de tonnes de ce produit meilleur a pu être expédiée en France ; c’était déjà un échantillon sérieux ; en 1907, de plus grandes surfaces ont été ensemencées ; Mademba, le fama, le roi de Sansanding, s’est particulièrement signalé par le zèle qu’il a montré dans ses tentatives : il a fait, presque en grand, la culture du coton.

Quelques difficultés, malheureusement, se sont présentées ; le coton indigène coûte, sur les marchés nègres, un prix élevé, plus élevé qu’on ne peut, paraît-il, payer les cotons américains destinés à l’exportation. Cette différence de prix, jointe à la routine chère à tous les paysans, explique le peu d’empressement qu’a rencontré la nouvelle culture.

Ce n’est qu’au voisinage de quelques centres, et pour faire plaisir aux administrateurs, que l’on a apporté un peu de soin à cette nouvelle culture.

Les maladies cryptogamiques ont causé dans les plantations de coton américain des ravages plus importants que dans les champs de coton indigène ; il semble assez facile de les éviter : le développement des champignons est lié à la pluie et il est douteux qu’ils soient à craindre dans les parties sèches du Sahel, au voisinage du Niger, entre Mopti et Tosaye, où les facilités d’irrigation assureraient la venue du précieux textile qui a surtout à craindre les années trop pluvieuses ou les sécheresses prématurées. M. Esnault Pelterie [Assoc. Cotonnière, séance du 17 mars 1908] croit pouvoir assurer que si, comme en Égypte, on pouvait avoir recours à une irrigation rationnelle, la production serait au moins doublée.

Il ne faut pas d’ailleurs croire que ces essais puissent aboutir rapidement ; les États-Unis, qui fournissent actuellement au monde 75 p. 100 de la matière première, ont dû faire des écoles pendant cinquante ans (1734-1792) avait de pouvoir exporter 70 tonnes de coton ; en Égypte, les expériences ont duré vingt ans. L’Afrique occidentale anglaise vient de dépenser, en cinq ans, plus de 6 millions à des cultures expérimentales sur le coton ; en Afrique occidentale française, beaucoup plus vaste, on a dépensé à peine 1 million dans la même période. Il semble d’ailleurs que, partout en Afrique, on a été amené à renoncer aux variétés américaines et que l’on a enfin reconnu que la méthode plus longue de la sélection des espèces indigènes donnait des résultats meilleurs et plus certains. La pratique des éleveurs et des cultivateurs de tous les pays a toujours montré la supériorité de la méthode de sélection, et il est vraiment curieux que l’on hésite toujours à l’appliquer. On ne s’y résout que lorsque l’acclimatation a échoué.

Cultures irriguées. — A ces cultures de la zone riche du Soudan, succède la culture par irrigation, la seule qui ait quelque importance au Sahara et au Sahel. On en peut distinguer deux types.