Une seule espèce, T. articulata Vahl, est facile à distinguer à ses feuilles très courtes, formant autour des rameaux une gaine complète. C’est un des arbres les plus caractéristiques du désert ; on le connaît depuis l’Inde et l’Arabie jusqu’au Sénégal. Il semble que le nom d’étel, ar., tabarekkat, tam., lui est habituellement appliqué, bien que Ascherson [l. c., p. 414, p. 465] indique aussi étel pour T. Gallica L. L’étel produit une galle très recherchée pour la teinture.

Toutes les autres espèces se ressemblent beaucoup et sont confondues sous les noms de tarfa, ferzig, ou aricha en arabe ; az’aoua ou taz’aouat en tamahek. Le bois des tamarix est tendre et facile à travailler : c’est ce bois qu’emploient les Touaregs pour la confection de leurs ustensiles culinaires (écuelles, cuillères), d’un travail habituellement très soigné et ornés à la pyrogravure d’élégants dessins géométriques. Le bois de talah ou de teborak, beaucoup plus dur, est réservé à la confection des r’ala, des selles de méharis.

Le plus beau tamarix de l’Ahaggar est sans doute celui de Tamanr’asset, qui est particulièrement protégé : une branche coupée entraîne une amende d’un âne (Voinot). Faut-il voir, dans cet usage, un souvenir des arbres fétiches du Soudan ?

Ombellifères. — La famille des ombellifères, répandue surtout dans les régions tempérées du globe, fournit aux hauts plateaux de l’Afrique mineure quelques grandes formes (Thapsia, etc.) qui donnent au paysage un élément caractéristique. Quelques-unes, une quinzaine, pénètrent dans le nord du Sahara algérien.

L’un des genres sahariens de cette famille appartient à une section, celle des carottes, dont les fruits sont d’ordinaire accrochants : par exception, les fruits d’Ammodaucus ont perdu cette particularité et le fait est à rapprocher des exemples fournis par le kram-kram et les Ægilops.

Les Deverra [guezzah (ar.), tataït (tam.)], ombellifères à odeur forte, sans feuilles et qui ressemblent à des joncs, ont quelques représentants dans le Tell ; ce genre devient fréquent dans le Sahara algérien (Mzab,) et une espèce (D. fallax Batt.) se trouve dans l’Ahaggar, au-dessus de 1000 mètres.

Plus au sud, cette famille disparaît ; elle manque dans la zone tropicale et se montre à nouveau dans l’Afrique australe.

Salvadora persica. — Le Salvadora persica L. [siouak, irak, tihak, tichak, abesgui] que l’on rencontre depuis le Sénégal jusqu’en Syrie, a une distribution assez irrégulière. Duveyrier le signale dans le tassili des Azdjer ; au sud du Touat, il apparaît dans l’Ahnet (près de Taloak) et devient très commun dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Dans l’Ahaggar, il forme un très beau peuplement à Silet ; au-dessus de 1000 mètres, j’en ai vu un seul pied dans une vallée abritée à quelques kilomètres au sud de Tamanr’asset. Abondant dans l’Aïr et le Tibesti, il manque dans le Tegama, reste rare dans le Demagherim et redevient fréquent à nouveau autour du Tchad, où il joue un rôle industriel notable (préparation de sel par lessivage de ses cendres). Il fait défaut au sud du lac.

Salvadora est un genre tropical et, comme plusieurs autres plantes échappées de la zone forestière, S. Persica a certains traits des lianes : ses branches se tordent parfois ou s’enroulent les unes autour des autres ; lorsque par hasard il trouve un support, il profite de son aide pour quitter la forme de buisson et envoyer quelques rameaux à de grandes hauteurs, où ses grandes feuilles, d’un vert franc, le font distinguer de loin.

C’est un des rares arbres du Sahara qui donne vraiment de l’ombre. L’odeur de ses feuilles, très goûtées des chameaux, est assez forte. Les fruits, longtemps rouges, noircissent à maturité (vers juin-juillet). Ils forment des grappes ressemblant à de minuscule raisins, que les nomades pauvres recueillent et font sécher. Ses feuilles servent à préparer des infusions.