Il semble qu’il y a, au Soudan, deux types humains principaux, distincts à première vue : l’un, massif et lourd, à cheveux crépus ; l’autre, plus fin, plus élancé, à cheveux très bouclés, mais ne formant pas toison (Soudaniens et Noubas-Haoussas[151] des Crania ethnica) ; il semble aussi, d’après les quelques crânes anciens que Desplagnes a rapportés du moyen Niger, et qui ont été étudiés par le docteur Hamy[152], que ces deux types coexistent, à de légères variantes près, depuis longtemps dans les régions où on les trouve aujourd’hui. Mais on ne sait rien sur les Tebbous (Pl. XXXI, [phot. 59]), sur les Bouddoumas du Tchad, sur les Somonos du Niger. Ces derniers, qui vivent de la pêche, paraissent former des groupements distincts des populations au milieu desquelles ils vivent ; à Ségou et ailleurs, ils habitent des quartiers spéciaux et ne se mélangent pas aux autres sédentaires.

Force est donc de s’en tenir à des groupements linguistiques, tout provisoires, et dont la carte d’Afrique de G. Gerland [Berghaus, Physikalischer Atlas, no 71, 1892] indique suffisamment la répartition.

Les langues parlées par les diverses populations sédentaires entre Tombouctou et le Tchad, sont assez nombreuses : les langues du Bornou, assez mal connues, sont usitées dans le Mounio, le Koutous, l’Alakhos, et à Moa par les populations sédentaires ; à l’ouest commence le domaine du haoussa qui s’étend jusqu’à l’Adr’ar’ de Tahoua. C’est une des langues les plus importantes de l’Afrique : elle est parlée dans tous les villages de l’Aïr et comprise, comme langue commerciale, du Dahomey à la Méditerranée ; il a été possible au capitaine Leroux d’écrire, en Algérie, une grammaire et un dictionnaire haoussas, parfaitement utilisables à Zinder.

De Tahoua à Tombouctou domine la langue sonr’aï, plus répandue encore au temps de la splendeur de Gao ; elle a, paraît-il, laissé des traces très nettes jusqu’à Agadez.

Ces trois langues fondamentales se subdivisent en un grand nombre de dialectes, différents parfois d’un village à l’autre, et qui nécessitent souvent de nombreux interprètes.

Touaregs. — La société touareg a déjà fait l’objet de plusieurs monographies ; celle de Duveyrier est restée classique ; plus récemment Benhazera et Cortier ont donné des détails nombreux et précis sur les Kel Ahaggar et les Ifor’as de l’Adr’ar’[153]. Les Kel Oui viennent d’être étudiés par Jean ; parmi eux, les Haoussas dominent et ils sont, en partie au moins, très distincts des véritables Touaregs.

Les monographies des Azdjer, des Ahaggar et des Ifor’as de l’Adr’ar’, indiquent en général une quasi identité de mœurs ; il n’y a que des divergences de détail, sans grande portée. Les Kel Oui sont beaucoup plus différents, comme il fallait s’y attendre : chez eux, la polygamie est la règle, et ce seul trait suffit, indépendamment de leur couleur, à les mettre tout à fait à part.

Dans l’ensemble, la société touareg est franchement berbère ; le régime démocratique y est la règle et toutes les décisions importantes sont prises par le conseil des notables de la tribu, dont l’amr’ar n’est que le président.

Il y a cependant une nuance importante : chez les Touaregs, il existe une caste noble et un chef commun, un amenokal qui dirige un grand nombre de tribus. Hanoteau et Letourneux[154] avaient déjà fait remarquer que cette forme « monarchique », anormale dans une société berbère, devait pouvoir s’expliquer par des causes extérieures.

L’épithète « monarchique » n’est pas tout à fait exacte ; il n’y a pas d’amenokal par droit héréditaire ; le chef est choisi dans certaines familles seulement, mais entre les compétiteurs possibles, l’élection prononce en dernier ressort : en 1903, Ismaguel avait été investi du commandement, chez les Oulimminden de l’est, par les autorités françaises, bien qu’il n’eût pas la majorité parmi ses électeurs ; cette méconnaissance des coutumes locales a réuni autour du tambari[155] Rézi, dont les partisans étaient plus nombreux, une foule de mécontents, dont les manœuvres furent longtemps une source de difficultés et d’inquiétudes pour nos administrateurs.