Fig. 68. — Les massifs anciens et les bassins de l’Afrique occidentale.

A ce golfe marin du Quaternaire ancien, peut-être partagé en deux lobes, dont l’un, Taoudenni, recevait la Saoura et l’autre, Faguibine, le Niger, a succédé au moins dans sa partie méridionale un lac de grande étendue.

Récemment en effet, Dupuis Yakouba a recueilli dans l’Azaouad où on les trouve partout répandus sur le sol, entre les dunes, une série de mollusques d’eau douce qui, d’après l’examen de L. Germain, rappellent de très près la faune des eaux stagnantes du Tchad ; les affinités avec les espèces ou les variétés du Niger, pourtant tout proche, sont beaucoup moins marquées. Cette absence de formes d’eau courante est une bonne confirmation de l’existence d’un lac succédant à la mer à marginelles et dont le Faguibine et les lacs voisins sont le dernier reste.

En même temps que s’interrompaient les communications avec l’Atlantique, dans la partie nord de l’ancien golfe, mal alimentée par la Saoura, s’accumulait le sel qui est actuellement exploité dans les salines de Taoudenni et de Tichitt.

Tout ceci est encore évidemment bien hypothétique ; les faits positifs font défaut, le Djouf est inexploré. L’origine de la falaise d’El Khenachiche, qui semble un accident très important, est singulièrement obscure ; mais il fallait poser le problème.

L’existence de ce golfe quaternaire, si elle était démontrée, rendrait assez vraisemblable, pendant l’Éocène et peut être le Crétacé supérieur, une communication directe entre le bassin de Tahoua et le Sénégal ([chap. II]) : entre le Silurien de Tosaye et l’Adr’ar’ des Ifor’as passent en effet les calcaires à huîtres et à oursins que l’on peut suivre jusqu’à Mabrouka et jusqu’au voisinage de Bemba, en plein cœur du bassin de Tombouctou, semblant jalonner vers l’ouest une communication directe avec l’Atlantique.

Quoi qu’il en soit de ces dernières hypothèses dont la solution appartient à l’avenir, l’existence d’une mer quaternaire à Tombouctou à laquelle, à une époque plus récente, a succédé un lac, dont les régions lacustres sont les derniers témoins, paraît bien établie. La Saoura venant du nord, le Tamanr’asset descendu de la Coudia, et l’oued Ilock, qui prend sa source dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, y aboutissaient ; il n’est pas téméraire de penser qu’il en était de même du Niger.

Le cours moyen de ce fleuve, de Koulikoro à Tosaye, présente des particularités très remarquables.

En amont du Macina, le Niger a toutes les allures d’un vieux fleuve fidèle à sa vallée qu’il occupe depuis longtemps ; il est profondément encaissé ; au-dessus du lit actuel, on distingue toute une série d’anciennes terrasses qui racontent les progrès lents de l’érosion ; à côté de ces caractères d’ancienneté, les nombreux rapides qui, au sud de Koulikoro, entravent souvent la navigation sont un indice de rajeunissement. En aval de Tosaye et surtout d’Ansongo, le Niger a des berges fort nettes ; son cours présente d’innombrables rapides ; il est en plein travail et ceci est un signe de jeunesse ; des vallées suspendues, parfois à une vingtaine de mètres au-dessus du fleuve, ne s’y raccordent pas et semblent appartenir à un autre âge et probablement à un autre réseau hydrographique.