Il serait dangereux d’attribuer à ce récit une grande importance, mais il serait puéril de le rejeter a priori.
Le phénomène de capture qui s’est produit à Tosaye n’est pas douteux ; il s’agit là probablement d’un événement géologiquement récent : le récit d’Hérodote est peu clair, les traditions indigènes sont plus nombreuses et plus précises ; elles sont d’accord avec la présence de ruines et avec les faits géographiques ; on peut donc admettre, avec quelque vraisemblance, que le changement de lit du Niger n’est pas très vieux et que l’archéologie permettra peut-être de dater avec quelque exactitude cette importante modification des conditions de la vie dans le bassin de Tombouctou. Elle serait, d’après Desplagnes, antérieure au Néolithique africain qui est sans doute bien récent.
Bassin d’Ansongo. — Que se passait-il entre le bassin du Niger et celui de Taffasasset, alors qu’ils étaient distincts ?
J’ai déjà mentionné précédemment l’existence de vallées suspendues le long du Niger entre Niamey et Gao. Ces vallées sont en général assez larges, bien encaissées dans des berges élevées parfois de 5 à 6 mètres ([fig. 79,] p. 275).
Leur hauteur au-dessus du Niger est très variable ; près de Gao, elles sont à 4 ou 5 mètres au-dessus du niveau du fleuve ; à Ansongo, le poste est bâti sur des graviers à 7 mètres au-dessus du Niger ; il y a 80 kilomètres entre Gao et Ansongo et le fleuve ne présente pas de rapides.
Plus au sud, vers Niamey, les vallées suspendues dominent le fleuve d’une trentaine de mètres ; il y a entre Ansongo et Niamey 280 kilomètres et de très nombreux rapides. Les altitudes n’ont été déterminées qu’au baromètre ; elles accusent une cinquantaine de mètres de différence entre Gao et Niamey, au niveau du Niger. Il est impossible d’en conclure quoi que ce soit sur les niveaux relatifs des vallées suspendues et de savoir si celles de Niamey sont au-dessus ou au-dessous de celles de Gao. La cartographie de ces régions est encore trop sommaire pour que l’on puisse savoir si ces vallées suspendues s’arrêtent au Niger ou si elles le traversent et se continuent au delà du fleuve : j’en ai aperçu d’assez nombreuses sur chaque rive, mais ce n’est pas d’une pirogue que l’on peut les étudier sérieusement.
Plus au sud, Hubert a observé des faits analogues, sur lesquels il donne peu de détails.
Malgré ces incertitudes, ces vallées sont cependant la preuve d’un changement profond dans le régime des cours d’eau de la contrée, soit qu’elles n’aient jamais eu de rapport avec le Niger, soit qu’elles en soient d’anciens affluents.
Ce bassin, dont Ansongo occupe le centre, semble assez bien délimité vers l’ouest par l’arête cristalline qui va de Tosaye à Hombori ; partout ailleurs ses limites sont assez indécises : ce coin de la boucle du Niger a été encore à peine parcouru.
En tous cas ce bassin est mal modelé ; il est occupé par un grand nombre de mares, Merri, Doro, Gossi qui, d’après les renseignements qu’a bien voulu me donner le capitaine Aymard, sont, à la saison des pluies, de véritables lacs dont le périmètre dépasse 100 kilomètres ; à la fin de la saison sèche, elles n’ont plus que quelques lieues de tour. Le Telemsi est jusqu’à présent le moins mal connu des fleuves de ce bassin ; prenant sa source dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, il contient parfois de l’eau dans des mares, mais ne coule plus ; il se raccorde fort mal avec ceux de ses affluents de la rive droite qui prennent leur source au nord du Bourem ; Combemorel [Comité Af. française, janv. 1909] met bien en évidence ce caractère hétérogène du réseau.