Il est assez vraisemblable, sans qu’il soit possible pour le moment d’en donner la preuve positive, que ce bassin d’Ansongo a été un bassin fermé, intercalé entre le Niger et le Taffassasset.
Comme agents du modelé, les bassins fermés sont des outils médiocres ; ils ne peuvent subsister que dans les régions où les pluies sont rares, et à cette cause d’infériorité manifeste, ils ajoutent encore leurs propres effets. Lorsqu’un fleuve se jette dans la mer, les sédiments qu’il y apporte ont un volume parfois considérable, mais à coup sûr négligeable devant le cube de l’Océan ; dans un bassin fermé, il n’en est plus de même et toutes les fois que le fleuve travaille, il surélève lui-même son niveau de base aux dépens des matériaux qu’il a arrachés aux parties les plus hautes de son bassin, deux actions dont les effets s’additionnent pour diminuer la pente du fleuve et restreindre sa puissance ; il est impossible aux affluents d’une mare de remonter leur tête bien loin et tous les phénomènes de capture ont chance de se faire à leurs dépens.
Le Taffassasset était bien placé pour sortir vainqueur de la lutte ; s’il faut en croire Hubert [Thèse, p. 155] les fleuves côtiers du Dahomey portent la trace d’un abaissement de 40 mètres de leur niveau de base, aussi tous présentent-ils, à leur sortie de la région cristalline, une rupture de pente très nette. Quoique l’invariabilité de niveau, affirmée par Hubert, de la plate-forme ancienne, depuis l’Éocène, soit peu vraisemblable, le rajeunissement de tous les cours d’eau du Dahomey paraît bien établi. L’embouchure du Taffassasset en était trop proche pour que le fleuve n’ait pas puisé dans ce mouvement négatif une nouvelle vigueur. L’un de ses affluents attaquant l’Atacora, créait le W et pénétrait au cœur du bassin d’Ansongo.
La masse d’eau qu’il y trouvait lui permettait de remonter rapidement sa source et de rejoindre à Tosaye le Niger, qui probablement déjà venait s’étaler paresseusement, à l’époque des crues, sur toute la surface du bassin de Tombouctou, vaste plaine sans relief où aucun obstacle ne pouvait l’arrêter.
Ce qui n’était d’abord qu’un petit affluent de l’ancien Taffassasset, devenait la branche maîtresse du réseau ; le dallol Bosso, profitant du nouvel état de choses, prenait une grosse importance et peut-être, dès la capture du bassin d’Ansongo, décapitait, au nord de Tahoua, le Taffassasset et obligeait tous les oueds descendus de l’Aïr ou de l’Ahaggar à abandonner les dallols de l’Adr’ar’ de Tahoua.
Pour agir ainsi, il fallait que tous ces fleuves soient encore bien vivants et ceci nous reporterait à l’époque où les oueds sahariens étaient encore de vrais cours d’eau, à l’époque du Néolithique africain. L’étude du Niger donne peut-être une date plus rapprochée, mais sa capture est postérieure à celle du bassin d’Ansongo. Peut-être n’est-il pas absurde de penser que la suppression des grands lacs du Djouf, suppression qui a dû suivre la capture du Niger, a pu avoir une répercussion sur le climat du Sahara et diminuer de quelques tornades la quantité de pluie qui tombait sur l’Ahaggar. Le Taffassasset coule encore parfois jusqu’à In Azaoua où les puits sont peu profonds (7 m.). Peut-être faudrait-il peu de chose pour lui rendre la vie.
D’autres hypothèses sont possibles. Le lieutenant Dulac croit que, autrefois, le Niger passait au sud du plateau de Bandiagara ; il a pu suivre en tous cas une vallée bien tracée, se dirigeant vers l’est et qui pouvait avoir abouti vers Say ou Niamey ; il attribue ces changements hydrographiques à des mouvements tectoniques et aussi à des accidents volcaniques dont la région de Hombori présenterait, paraît-il, des traces (communication verbale).
Les mouvements tectoniques récents ne sont pas rares en Afrique ; la faille du Touat en est une preuve [cf. t. I, [ p. 236]] ; les Senilia senilis de l’Angola forment une plage soulevée à 200 mètres. Nul doute qu’ils n’aient aidé certains phénomènes de capture et qu’ils n’en aient entravé d’autres.
Je n’ignore pas que cet essai de synthèse est trop hardi et dépasse largement ce que l’on peut légitimement déduire de quelques faits d’observation.
Il importait surtout de bien mettre en évidence l’ampleur des modifications que le réseau hydrographique a subies au Soudan ; il était nécessaire d’attirer l’attention des chercheurs sur ces questions si complexes, pour la solution desquelles les efforts d’un grand nombre ne seront pas inutiles.