Le Tchad et le Bahr El Ghazal. — Le bassin du Tchad n’est encore que partiellement connu ; le Chari et ses affluents, la Komadougou et le lac lui-même ont été relevés avec soin et l’on en peut dresser une carte d’ensemble avec une certitude suffisante. Au nord-est du Tchad les données sont beaucoup plus imprécises.

Avoisinant le lac à l’est, un plateau d’élévation moyenne assez faible, long de 200 kilomètres du nord-ouest au sud-est, et large de 150, porte différents noms correspondant à divers aspects topographiques : le Chittati, tout proche du Tchad, est caractérisé par des cuvettes fermées, en général elliptiques, en contre-bas du plateau ; la falaise atteint parfois 50 à 60 mètres. Dans le Kanem, les dépressions, longues de 6 à 7 kilomètres, sont généralement orientées nord-sud et voisines les unes des autres. Des dunes élevées, hautes parfois de 100 mètres et fixées maintenant par la végétation, donnent au Manga son principal caractère [Freydenberg, Thèse, p. 56, 74].

Ce plateau tranche très nettement par la nature de son sol sur les dépôts d’alluvions, argileux et sableux, qui, à partir du 9° Lat. N., forment la plaine où, sans thalwegs bien définis, serpentent les principaux affluents du Tchad ; le Kanem est peut-être un témoin des grès et argiles du Tegama.

A l’est de ce plateau se trouvent quelques dépressions qui, jadis, ont été des lacs.

L’Egueï, large d’une trentaine de kilomètres, s’étend, du nord-ouest au sud-est, sur une longueur de 150 kilomètres ; un peu plus loin se rencontrent le Toro et le Bodelé, à contours encore mal précisés ; passant au sud du Kanem et de l’Egueï, un sillon, le Bahr El Ghazal, est creusé depuis le Tchad jusqu’au Bodelé qu’il vient rejoindre dans la région du Djourab.

Nachtigal, le premier, a vu ces régions ; il y a signalé des coquilles et des débris de poissons. Ces dernières années, l’Egueï et le Bodelé ont été étudiés à nouveau par Mangin ; les Melania et les vertèbres de poissons qu’il en a rapportées, montrent bien que ces dépressions étaient récemment encore occupées par d’importantes nappes d’eau douce et qu’elles faisaient partie d’un plus grand Tchad.

Toute cette zone de bas-fonds, d’anciens marais, paraît nettement limitée vers le nord ; une série de hauteurs, où plusieurs oueds, dont le moins mal connu est le Tin Toumma[163], prennent naissance, s’étend de Dibbela au Tibesti et sépare le bassin de Bilma de celui du Tchad ; vers le sud, le lac Fittri, alimenté par le Batha qui descendait de l’Ouadaï, et la dépression que Chevalier désigne sous le nom de lac Baro, ont été en relation évidente d’affluent avec le Tchad.

Vers le nord-est les choses sont beaucoup plus obscures ; le Tibesti, dont certains sommets atteignent 2700 mètres, forme un massif important de grès dévoniens (?) couronnés de formations volcaniques. Cette haute barrière s’approche vers le sud-est de l’Ennedi, région élevée qui semble se relier au Darfour. D’après les renseignements du capitaine Cornet, Freydenberg [Thèse, p. 78] indique que la partie occidentale de l’Ennedi, la seule connue, est un pays de plateaux formés d’assises gréseuses, bariolées et dures ; ces plateaux sont entaillés de profondes vallées qui se dirigent vers le Bahr El Ghazal.

Entre le Tibesti et l’Ennedi se place une région relativement basse, riche en eau, le Borkou, où l’on compte quelques oasis. Les renseignements géologiques relatifs au Borkou sont peu nombreux et vagues ; on y a signalé des grès durs, analogues à ceux de l’Ennedi, (Dévonien ?) et des grès tendres, argileux, maculés d’oxyde de fer (Crétacé ? Éocène ?). Nachtigal mentionne expressément, au sud-ouest du Borkou, une arête abrupte haute d’une trentaine de mètres, l’Amanga. Contre l’Amanga s’appuient des formations calcaires riches en coquilles [l. c., p. 430].

Tout cela est bien flou et apporte peu de lumières sur une des questions les plus obscures encore de la géographie africaine.