On ne sait pas encore, d’une façon positive, si le Tchad est le centre d’un bassin fermé ou si, comme le pensait Nachtigal, le Bahr ne serait pas son émissaire.
Il ne s’agit pas, bien entendu, de savoir si actuellement le Bahr El Ghazal coule vraiment vers l’est, mais bien si la pente générale des vallées est vers l’est, et si ce ne sont pas des phénomènes de barrages du lit par des actions éoliennes, ou des phénomènes de capture en amont du Tchad, qui ont arrêté dans leur marche vers l’est les eaux du Chari et de la Komadougou. L’exemple du Faguibine montre nettement que, aux confins du désert, un fleuve peut abandonner son ancien lit, sans qu’il y ait inversion de la pente.
Un fait d’une importance capitale et qui avait déjà frappé Nachtigal est que les eaux du Tchad sont douces ; elles restent buvables même pendant les périodes de sécheresse. On ne peut invoquer l’absence de sel dans la région : les mares à natron abondent au voisinage et donnent lieu à d’importantes exploitations à Buné, à Gourselik, dans le Chittati, etc.
Les eaux de rivière contiennent toujours, en solution, des matières salines et si le Tchad est un bassin fermé, toutes celles qu’ont charriées, depuis des siècles, les divers affluents du lac, ne peuvent se trouver que dans le Tchad. Il est possible de se rendre compte de la rapidité avec laquelle peut s’accroître la salure du lac sous cette seule influence.
Toutes les observations recueillies, et les traditions indigènes citées par Freydenberg, sont d’accord pour montrer que si le Tchad présente d’une année à l’autre de grandes variations de niveau, il reprend cependant périodiquement les mêmes contours ; on peut donc admettre qu’en moyenne, il reçoit annuellement autant d’eau de ses affluents qu’il en perd par évaporation. Supposons en outre que les années où il est le plus bas, il conserve encore autant d’eau qu’il en perd par évaporation ; il est probable, d’après les données d’observation, les sondages surtout, qu’il en conserve beaucoup moins, ce qui rendrait l’accroissement de la salure plus rapide encore.
Ceci nous permet de mettre le problème en équation ; appelons s la surface moyenne du lac, h la hauteur d’eau qui s’évapore chaque année ; sh sera le volume d’eau évaporé annuellement et aussi celui que les affluents amènent au lac ; 2 sh sera le volume moyen des eaux du lac.
A défaut d’analyse des eaux du Chari et de la Komadougou, nous savons que les eaux douces renferment en moyenne 18100000 de matières salines dissoutes ; le chiffre le plus élevé 66,5100000 est fourni par les eaux qui ont circulé sur des graviers ou des alluvions, le plus faible 5,94100000 par les eaux de sources, issues des granites et des gneiss. Si nous prenons ce dernier chiffre, la quantité de sel que chaque année ses affluents amènent au Tchad sera sh 5,94100000
L’eau de mer contient 351000 de matières dissoutes ; l’équation
sh 5,94100000 x = 2 sh 351000
nous donnera donc le nombre d’années, x, nécessaire pour que le Tchad soit aussi salé que l’Océan, si le double mécanisme de l’apport d’eau par les affluents et de son enlèvement par évaporation, était seul en jeu. On trouve ainsi une douzaine de siècles ; les eaux qui contiennent 61000 de sels sont réputées tout à fait inbuvables, même au Sahara : il suffirait de 200 ans pour arriver à cette salure.