Cette transformation des roches éruptives en véritable latérite ne se produit pas au Sahara non plus que dans le nord du Soudan : ce n’est qu’au sud du 11° de latitude qu’elle semble devenir générale.
Grès ferrugineux. — On désigne aussi, au Soudan, par le nom de latérite, de simples grès à ciments ferrugineux ; ils sont assez communs au nord du 11° : sur son itinéraire, E.-F. Gautier a noté les premiers au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as, mais ils ne deviennent abondants que dans le bas Telemsi ; le lieutenant Ayasse en a rencontré entre Bilma et le Tchad[186] ; j’en ai vu à plusieurs reprises entre l’Aïr et Zinder ; plus au sud ils sont fréquents ; Foureau[187] les mentionne à plusieurs reprises le long du Gribingui, dont les berges, hautes de 2 à 5 mètres, sont formées de bancs d’argile rouge alternant avec des assises horizontales de grès ou de conglomérats ferrugineux, dont les éléments sont le plus habituellement quartzeux.
Dans le haut Logone, Lancrenon a trouvé des latérites dans le fond des vallées, où elles sont recouvertes de plusieurs mètres d’alluvions[188] ; Courtet signale le même fait dans le Chari.
Cette formation de grès et de conglomérats paraît surtout en rapport avec des phénomènes d’évaporation ; le sable des dunes mortes ou les graviers des alluvions transformées en reg ont été cimentés par les sels solubles dissous par les eaux météoriques. Ce phénomène peut se produire partout ; il est peut-être permis de le rapprocher de la formation de l’alios dans les sables des Landes. Cet alios est un grès quartzeux, souvent ferrugineux, qui résulte de l’entraînement par dissolution des matières solubles de la surface et de leur concentration, qui s’opère pendant les chaleurs de l’été, par suite de l’évaporation à un niveau à peu près constant de la nappe d’infiltration. Les sables de la forêt de Fontainebleau présentent souvent des accidents analogues.
Il n’est pas certain cependant que cette comparaison des grès du Soudan et de l’alios des Landes soit correcte. Aucune analyse du ciment des grès africains n’a été faite ; le sesquioxyde de fer se présente sous cinq formes différentes, plus ou moins hydratées, qui peuvent introduire, entre les grès ferrugineux, des dissemblances notables ; de plus, l’alios se produit toujours à quelques décimètres de profondeur, tandis que, au Soudan, le grès ferrugineux est habituellement superficiel.
En tous cas, c’est bien au Sahara et dans la zone la plus sèche du Soudan que des phénomènes analogues ont été le plus souvent signalés ; dans les oasis situées en bordure d’une sebkha, un orage est un désastre : l’eau de pluie est vite ramenée à la surface par évaporation ; elle revient accompagnée de sel et de gypse qu’elle dépose à la surface du sol, obligeant ainsi à abandonner, pour plusieurs années, un certain nombre de jardins. Dans la région du Manga, à Gourselick par exemple, le natron se renouvelle au fond de la cuvette par le même mécanisme. Enfin, le fameux vernis du désert ne semble pas avoir une origine différente : au Sahara, la plupart des roches sont recouvertes d’une pellicule mince de produits concrétionnés, luisants, qui tranchent souvent par leur couleur sur la roche qu’ils recouvrent [J. Walther] : les grès blancs des tassili, avec leur patine couleur de poix, en sont un exemple classique.
Fig. 78. — Les plateaux à l’est de Tamaské. — Adr’ar’ de Tahoua. (Vue prise du poste de Tamaské).
A, Plateaux calcaires, protégés par un manteau de roches latéritiques. B, Amas de roches latéritiques, dernier témoin des plateaux.
Produits de décalcification. — D’autres latérites enfin sont liées à des roches sédimentaires : elles recouvrent tous les mamelons crétacés du Damergou et leur extension vers l’ouest, au moins jusqu’à la mare de Tarka, indique probablement l’ancienne extension des calcaires à ammonites.