On retrouve des formations analogues au-dessus des dépôts éocènes qui recouvrent l’Adr’ar’ de Tahoua ; ces formations peuvent être suivies jusque sur les bords du Niger.
La plupart de ces produits sont dus à des phénomènes de décalcification ; les oolithes ferrugineuses de Korema Alba paraissent provenir d’un calcaire lacustre : Cayeux, qui les a examinées, les a trouvées identiques à certains minerais de France dont l’origine est certaine. Hubert n’admet pas cette manière de voir pour les latérites des bords du Niger « parce que les indices de la présence de calcaires dans ces régions sont nuls » [Thèse, p. 112]. Il oublie qu’un caractère négatif, surtout dans une région aussi mal connue que le Soudan, a une bien faible valeur ; il ne tient pas compte de la grande extension des calcaires éocènes depuis Bemba jusqu’à Guidambado ; il néglige l’existence des silex éocènes d’Ansongo qui sont, au cœur de la région qui nous intéresse, la preuve décisive de l’existence d’un niveau calcaire.
Malgré leur composition, leur origine très spéciale et leur allure parfaitement horizontale qui montre leurs relations avec des roches sédimentaires, ces latérites différent peu par leur aspect des latérites d’origine éruptive.
Ces produits de décalcification, qui couvrent les grès du Niger et le calcaire de Tahoua, ne semblent pas être de formation actuelle ; une coupe, prise en aval de Gao ([fig. 79]), montre que la latérite en place (4) couvre un plateau peu élevé ; elle présente une structure parfois oolitique (les oolites ont 1 millimètre de diamètre) mais plus souvent rubannée et les zones que l’on y peut distinguer, sont, en gros, parallèles aux couches de grès du Niger.
Fig. 79. — Un plateau de grès du Niger, en aval de Gao.
1, Grès blancs, à stratification entrecroisée, 3 mètres ; — 2, Niveau ferrugineux (1 cm.) ; — 3, Grès blancs, à stratification entrecroisée, 2 mètres ; — 4, Formation latéritique souvent rubannée, 2 mètres (produit de décalcification) ; — 5, Brèche latéritique contenant des galets quartzeux de 4 à 5 centimètres et des blocs, à peine roulés, de la roche 4, de 15 à 20 centimètres de diamètre. Quelques galets sont des oolithes d’oxyde de fer. Ciment ferrugineux ; — 6, Brèche latéritique mal cimentée.
Depuis la formation de cette latérite, une vallée s’est formée dont le fond (5) est occupé par des graviers et des galets qui atteignent jusqu’à 15 à 20 centimètres de diamètre, galets formés aux dépens de la latérite (4), et cimentés par des produits ferrugineux.
A une époque plus récente, le niveau des vallées s’est un peu abaissé et dans le fond de ces vallées plus jeunes on trouve par place des débris de brèche latéritique (6), mal cimentés.
Il y aurait plusieurs stades à distinguer : la latérite s’est d’abord formée sur le plateau et son mode de formation suppose des pluies assez abondantes ; la formation d’un conglomérat latéritique dans le fond de la vallée suspendue (5) est analogue à celle des grès ferrugineux et suppose, pour la formation du ciment, un climat plus sec ; dans les vallées plus jeunes (6), la cimentation des débris ne s’est pas produite. Postérieurement enfin, s’est creusé le lit actuel du Niger qui est sans doute plus jeune que les ergs morts de la région, mais probablement plus ancien que le Néolitique africain. Cette conclusion est du moins celle à laquelle l’étude de la répartition des tombeaux a amené Desplagnes.