Ces divers climats, que permet d’entrevoir l’étude de cette latérite, ne sont pas forcément quaternaires et ces épisodes ont pu commencer à se manifester dès la fin de l’Éocène. Il ne faut pas perdre de vue d’ailleurs que l’étude géologique du Soudan est à peine ébauchée ; on essaie ici de poser une question bien plutôt que de donner la solution d’un problème dont trop d’éléments sont encore mal connus.
Il est toutefois difficile de croire que la disparition du calcaire soit la seule cause de l’arrêt de la décalcification ; au nord, tout autour de l’Adr’ar’ des Ifor’as, à l’est, dans la région de Tahoua, les calcaires sont à découvert sur les flancs des vallées ; leur surface est restée de couleur claire ; parfois, comme à Bouza, ils forment des plateaux où la roche est restée absolument blanche ([fig. 33,] p. 94). L’érosion actuelle semble trop insignifiante pour avoir pu enlever un manteau de latérite. Une modification dans le climat paraît mieux rendre compte des faits.
Au Sénégal, « la latérite paraît avoir été formée avant l’invasion des sables, car, sous une épaisseur de 4 mètres de sable, nous avons trouvé de la latérite présentant à la surface le même faciès poli, que celle qui est actuellement à la surface du sol[189] ».
Dans le lit du Niger qui, à partir de Tosaye, est certainement jeune, affleurent souvent, entre Niamey et Ansongo des blocs de roches éruptives ; leur surface est peu altérée ([fig. 80]) : les parties immergées à toutes les crues (1-3) ont une patine noire ; plus haut, la patine est rouge. Ces diverses patines sont d’ailleurs très minces ; les écailles que détachent à la surface les variations de température, permettent de voir nettement la roche, kaolinisée sans doute, mais dont tous les éléments restent en somme bien reconnaissables. La séparation entre les différentes zones est accentuée par la présence, sur certaines d’entre elles, de mousses et d’hépatiques. Ces zones sont nettement distinctes et les lignes qui les séparent sont trop horizontales pour ne pas être en rapport avec les différents niveaux du fleuve.
Comme l’étude des produits de décalcification, ces patines minces semblent prouver que, depuis que le Niger s’est creusé un nouveau lit dans ces régions, les phénomènes d’altération superficielle n’ont eu, dans la partie sèche du Soudan, qu’une médiocre intensité.
Fig. 80. — Un bloc de granite sur les bords du Niger, à Gari.
aa′, Niveau du Niger le 14 juillet 1906 ; — 1, Bande couverte d’une patine noire. Aucune végétation (0 m. 10) ; — 2, Patine noire. La roche est couverte d’hépatiques (1 m. 40) ; — 3, Patine noire. La roche est couverte de mousses et d’hépatiques (0 m. 50) ; — 4, Patine rouge. Aucune végétation. Quelques écailles, épaisses de 1 centimètre, détachées par insolation.
Toutes ces roches ferrugineuses présentent souvent à la surface une modification intéressante, dernier terme de l’altération latéritique : cette modification est due à l’évaporation rapide d’eau qui en profondeur s’est chargée de sels de fer ; c’est un mécanisme que j’ai déjà signalé plusieurs fois. Il se produit ainsi une roche souvent caverneuse, d’aspect scoriacé, parfois vernissée, en somme assez variable ; souvent elle englobe des galets, des fragments de roches, et dans ce cas seulement le nom de conglomérat ferrugineux [Hubert, Thèse, p. 103, Chautard, Thèse, p. 143], est justifié. Ce sont en réalité des roches concrétionnées que leur apparence a souvent fait prendre pour des laves ou des scories volcaniques, notamment dans la région de Tahoua.
Parfois, au lieu d’une remise en mouvement du fer, il s’est produit un enrichissement superficiel en silice. C’est un fait qui a été signalé dans tous les déserts : il est extrêmement net dans la région d’Assaouas, à l’ouest d’Agadez, où des calcaires lacustres ont été transformés en quartzites rougeâtres ; sur la côte de Mauritanie, dans le Tasiast, des calcaires du Quaternaire ancien reposent sur des grès tendres et forment le couronnement d’un certain nombre de plateaux. Leur enrichissement en silice est très marqué et leur dureté est devenue considérable.