Malgré son caractère technique, il a fallu insister un peu sur cette question : l’histoire de la latérite est en effet intéressante à de nombreux points de vue ; d’abord on ne sait pas au juste comment elle se forme et les hypothèses émises à propos de son origine, (bactéries, acide azotique) n’ont jamais été l’objet de vérifications expérimentales ; il y a d’ailleurs plusieurs latérites et certainement plusieurs modes de formation ; il y en a aussi de plusieurs âges. Il est malheureusement difficile de serrer de près la question ; les rapports d’itinéraires n’indiquent que rarement s’il s’agit de vraies latérites, en place ou remaniées, de grès ferrugineux ou de produits de décalcification.
On connaît en Europe une roche très analogue à la vraie latérite, la bauxite, qui, depuis que s’est développée l’industrie de l’aluminium, a donné lieu à de très importantes exploitations : cette parenté de la latérite et de la bauxite permettra peut-être de préciser les conditions de climat qui ont présidé en France à la production encore très obscure de cet important minerai d’aluminium, en même temps qu’elle peut faire entrevoir pour l’Afrique occidentale une source de richesses qui peut devenir importante.
Il faut noter aussi que c’est parmi les latérites que se trouvent les seuls minerais de fer qui alimentent la sidérurgie indigène ; l’exploitation est très simple : le forgeron nègre, dans les points favorables, soupèse les blocs de latérite et choisit les plus denses.
Les minerais de manganèse que signale Desplagnes sur les bords du Niger [Plateau central nigérien, p. 11 et fig. 25 et 26] appartiennent à la même série de formations.
Certains gîtes aurifères enfin sont en relation évidente avec les produits d’altération superficielle et ne sont que des latérites au sens propre du mot.
La rareté des filons métallifères dans l’Afrique occidentale française est donc partiellement compensée par l’existence de ces latérites, où, sans compter l’or, on connaît trois métaux importants, le fer, le manganèse et l’aluminium. L’organisation des voies de transport qui se poursuit si activement permet de croire que plusieurs de ces gisements seront bientôt exploitables, et dès maintenant il est permis de les considérer comme une précieuse réserve pour l’avenir.
Enfin l’importance des divers modelés latéritiques dans les paysages soudanais, l’emploi constant de ce mot, mal défini, dans tous les rapports d’itinéraires feront excuser le développement donné à une question à première vue aussi spéciale.
III. — SALINES
Taoudenni. — Les mines de Taoudenni sont probablement les plus importantes du Sahara ; les renseignements qu’ont donnés sur elles Cortier, Mussel et Nieger sont très concordants et ils sont confirmés par les indications et les photographies de Cauvin.
Les détails qui suivent sont empruntés presque textuellement à Nieger[190].