Ces renseignements sont assez vraisemblables : entre In Zize et Timissao, le reg qui correspond aux vallées des oueds Takouiat et Seheb El Arneb, a une cinquantaine de kilomètres de largeur ; un peu plus à l’ouest, ce reg s’élargit encore et s’étend presque d’In Zize jusqu’à hauteur de Timissao ; un pareil épanouissement des vallées, et la réunion de leurs alluvions en un tout continu, semble bien indiquer que l’on est tout à fait au voisinage des embouchures des fleuves qui descendaient naguère d’In Zize et de l’Ahaggar. Le tanezrouft d’Ouallen serait le fond du lac ou du marais où ils se déversaient autrefois.

De Taoudenni au Touat[22], le rapport du colonel Laperrine indique fort peu de pâturages malgré l’abondance des dunes ; il n’y a que trois puits sérieux pour 550 kilomètres. Encore l’eau de l’un d’eux, Tin Haïa, est-elle toxique.

Mais pour la partie nord de cette route tout au moins, celle qui traverse l’erg Chache, il semble que les difficultés rencontrées tiennent à des causes accidentelles. Il n’y a que dix-huit jours de marche de caravane entre le Touat et Taoudenni, et cette piste a été autrefois très fréquentée par des marchands ; l’erg Chache était habité par des nomades, les Ouled Moulat, qui leur servaient de guides. A la suite de difficultés avec les Kountah et les Berabiche de l’Azaouad, une harka, commandée par Abidin El Kounti, parvint à surprendre vers 1885, les campements de l’erg Chache. Les quelques survivants qui échappèrent à ce désastre se réfugièrent au Maroc ; depuis, il n’y a plus de guides connaissant le pays et c’est presque par hasard que le colonel Laperrine put en rencontrer un, assez sûr de la route pour le ramener directement à Adr’ar’ (Touat).

L’erg Chache doit encore contenir de beaux pâturages et les puits y sont probablement nombreux ; le pays est sillonné de pistes, mais en l’absence de guides, la reconnaissance du pays devient difficile et dangereuse ; elle nécessitera un grand effort.

La route que le capitaine Cauvin[23] a suivie entre Taoudenni et Tombouctou, est également des plus pénibles, au moins jusqu’à Araouan qui semble à la limite méridionale du tanezrouft : il y a 350 kilomètres entre Araouan et le puits d’Ounan, qui est parfois à sec ; il en reste 150 pour arriver aux salines, où l’on est certain de trouver de l’eau et des vivres. Pendant cette longue marche de 500 kilomètres, on ne trouve aucun bon pâturage.

A l’est de l’itinéraire Ahnet-In Ouzel, le tanezrouft, sur lequel empiètent les contreforts de l’Ahaggar, n’est pas trop large de Timissao à Silet ; les r’edir de Tin Azaoua, l’aguelman Tamada, récemment reconnu sur la lisière est du tassili de Timissao, rendent plus facile encore cette traversée ; le tassili de Tin Ghaor fournit aussi, par une route différente, assez d’eau pour une caravane peu nombreuse.

Au sud de l’Ahaggar, le tanezrouft s’élargit à nouveau et sa limite méridionale se place sur le 18° latitude, aux confins de l’Adr’ar’ Tiguerrit. Sa traversée de l’est à l’ouest est pénible : entre Tin Zaouaten (Adr’ar’ des Ifor’as) et Aguellal (Aïr) les renseignements indiquent une route de cinq étapes avec un seul point d’eau sérieux à In Guezza, que Duveyrier avait déjà signalé. D’après les indigènes qu’a pu interroger le capitaine Pasquier, « In Guezza est un puits, profond de 4 mètres, situé au pied d’une grande montagne ; la région où il se trouve est une région de montagnes élevées, isolées, rapprochées les unes des autres[24] ». Cette description, un peu vague, peut s’appliquer à une région de dômes volcaniques, comme l’Aïr, ou à une région de dômes archéens, comme il en existe tant au Sahara.

Adoptant l’opinion de Duveyrier, j’avais pensé que l’abondance de l’eau à In Guezza était une preuve que l’oued Taffassasset, le plus important de la région, y passait, d’où le tracé indiqué pour ce fleuve sur la carte hypsométrique ([carte hors texte]). Des renseignements plus récents, recueillis par les officiers du poste d’Agadez, indiquent que, en aval d’In Azaoua, le Taffassasset se dirige directement vers le sud et vient passer tout contre l’Aïr, à la plaine de Talak, renommée dans tout le Sahara pour sa richesse en pâturages. Ce tracé, probablement plus correct, est indiqué sur la carte géologique ([Pl. II]).

L’indication qu’avait recueillie Villate[25], que l’oued Tin Zaouaten aboutissait à la plaine de Talak, est peut-être exacte ; c’est à tort qu’elle m’avait paru impossible dans une note antérieure.

Dans toute sa partie ouest, au moins jusqu’à l’Adr’ar’ Tiguérit, ce tanezrouft est en majeure partie une pénéplaine cristalline ; sur sa partie orientale les renseignements font défaut ; il semble cependant que le long de l’Aïr, les terrains crétacés et tertiaires remontent assez haut vers le nord : la plaine de Talak correspondrait peut-être à une fosse d’effondrement subméridienne, aujourd’hui partiellement comblée.