Le tanezrouft s’étend très loin vers l’est de l’Ahaggar ; la piste que nous avons suivie entre Tamanr’asset et Iférouane, piste sur laquelle Barth[26] avait déjà donné des renseignements très précis, contient des points d’eau nombreux et toujours sûrs (oued Zazir, oued Tagrira, In Azaoua[27], Zelim ou Tar’azi), mais le pays change complètement d’aspect à partir du tassili de l’oued El Guessour. Au lieu d’une pénéplaine moyennement accidentée, constituée par l’Archéen et le Silurien, tous deux imperméables, cette nouvelle partie du tanezrouft se montre formée de grès horizontaux d’âges divers, en majeure partie dévoniens autour d’In Azaoua, beaucoup plus jeunes probablement entre l’Aïr et Bilma.

La haute plaine que forment ces grès est très unie ; la marche y est facile et les Touaregs complètent la définition de cette partie du tanezrouft, en disant qu’elle est un Tiniri. Je n’en ai vu qu’un fragment restreint et les itinéraires de Barth, de von Bary et de Foureau sont, autour d’In Azaoua, trop voisins du mien pour permettre d’étendre sur des descriptions positives cette plaine jusqu’au Kaouar ; mais les itinéraires par renseignements, la continuité qu’ils accusent avec la haute plaine du Tegama, le nom d’une des rivières, qui de l’Aïr se dirige vers Bilma (Kori de Ténéré), ne laissent guère douter que cette région soit constituée par des grès horizontaux ; Barth et de Bary ont d’ailleurs mentionné expressément, à la lisière orientale de l’Aïr, des plateaux gréseux dont quelques-uns sont recouverts de coulées volcaniques. A l’est de Bilma, le pays devient plus accidenté et il semble qu’une série de plateaux et de hauteurs préparent le Tibesti. Même un mamelon granitique, le mont Fosso, est signalé entre Fachi et Bilma, tout contre la première oasis.

Malgré la perméabilité du sol, peut-être vaut-il mieux dire à cause d’elle, les points d’eau y sont plus rares encore que dans le tanezrouft de l’ouest : l’eau ne reste pas à la surface et forme probablement une nappe profonde que l’outillage rudimentaire du pays ne permet pas d’atteindre ; on ne peut songer à attaquer avec des pioches de fer (l’acier est inconnu des Sahariens) que des roches très tendres ou des nappes d’alluvion.

Nulle part, dans ce tiniri, des accidents de relief ne viennent faciliter la recherche de l’eau. C’est un des déserts les plus abominables que l’on puisse rencontrer, un de ceux où il est le plus nécessaire d’emporter du bois et des fourrages. De l’oued Tiser’irin, où il y a une douzaine de talah (Acacia), jusqu’à In Azaoua, pendant au moins une centaine de kilomètres, il n’y a absolument aucune végétation : le sol est partout rigoureusement dénudé ; on ne voit que du sable et des grès.

Les routes qui, de l’Aïr, conduisent vers Bilma, sont aussi mauvaises. Celle qui part d’Agadez comporte, de Beurkot à Fachi, quatre grands jours de marche, de dix-huit à vingt heures chacun, pendant lesquels on ne trouve rien ; les routes d’Affassez et de Tafidet ne sont pas meilleures. Aussi n’est-ce que pendant l’hiver, que les Kel Oui vont chercher le sel du Kaouar ; leurs caravanes sont organisées longtemps à l’avance et, dès le mois d’octobre, on peut voir dans toutes les vallées de l’Aïr les bottes de foin, soigneusement faites, qui sont nécessaires pour effectuer, sans trop de risques, cette dangereuse traversée au bout de laquelle les Touaregs ont souvent trouvé une bataille avec les Tebbous.

Malgré leur aridité, tanezrouft et tiniri n’opposent pas un obstacle bien sérieux aux relations entre humains ; les profondes encoches qu’y font l’Aïr et l’Adr’ar’ des Ifor’as en facilitent le passage, que les chameaux peuvent, à la rigueur, faire en toute saison ; le désert n’est une barrière ni pour les caravanes de marchands, ni pour les rezzou : presque chaque année, des pillards venus du sud marocain arrivent à Taoudenni.

Pendant l’hiver même, les moutons et les bœufs peuvent franchir ces mauvais pays : les caravanes d’Ifor’as qui affluent en février et en mars au Touat et au Tidikelt y amènent plusieurs milliers de chèvres et de moutons, qu’elles échangent contre des étoffes et des dattes. Chèvres et moutons qui, pendant l’automne, ont pu se bien nourrir dans les pâturages de l’Adr’ar’, sont à ce moment en belle forme et peuvent rester, pendant le voyage, cinq à six jours sans boire ni manger.

Les bœufs sont dans le même cas ; un troupeau de dix têtes, acheté dans l’Adr’ar’, est arrivé en mars 1905 à In Salah sans aucun déchet [Dinaux, l. c., p. 108]. Les Kel-Ahaggar renouvellent leurs troupeaux dans l’Aïr : les bœufs passent facilement de la plaine de Talak à Tarahaouthaout, au sud de la Coudia.

Points d’eau. — Ces traversées sont d’ailleurs facilitées par un certain nombre de points d’eau. Les plus nombreux se trouvent dans les grès dévoniens.

Le tassili du sud ou des Ahaggar « est un plateau rocheux, sans eau, sans végétation, presque inconnu des indigènes eux-mêmes tant il est inhospitalier ». Cette indication de Duveyrier [Les Touaregs du Nord, p. 17] a besoin d’être réformée.