Le tassili du sud est bien connu maintenant au nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as, où il comprend plusieurs plateaux isolés. Une échancrure du plus grand contient le puits de Timissao, un des meilleurs du désert. Les environs de ce puits ont été autrefois habités comme en témoignent de nombreuses inscriptions, dont l’une, mentionnée par Duveyrier, serait bien écrite en caractères koufiques d’après M. Benhazera[28].

Sur le même plateau, à une journée au sud-est de Timissao, se trouvent les r’edir de Tin Azaoua, qui contiennent toujours assez d’eau pour une troupe de quelques chameaux et qui, après une tornade heureuse, suffisent à de fortes caravanes. Un peu plus au sud, le petit lac, l’aguelman de Tamada, d’accès assez difficile, est un point d’eau très sûr ; il est entouré d’un très beau pâturage, où l’on peut séjourner en toute saison. Ce n’est qu’en 1907 que ce point a été reconnu et son importance exceptionnelle explique que les Touaregs nous l’aient caché aussi longtemps qu’ils ont pu[29].

Les autres plateaux situés au nord ou à l’est de l’Adr’ar’ (Tirek, In Ameggui, Tin Ghaor[30]) sont de médiocre surface et ne contiennent que des points d’eau secondaires. On ne connaît, des plateaux qui s’étendent à l’ouest de l’Adr’ar’, presque jusqu’au méridien de Tombouctou, que des noms (Timetr’in, etc.) ; seuls quelques points d’eau à la périphérie (puits d’Achourat, Ksar Mabrouka) ont été vus par des Européens.

A l’extrémité orientale de la même bande dévonienne, le tassili de l’oued Tagrira est nettement limité vers le nord par une falaise haute d’une soixantaine de mètres ; vers le sud, sa limite est moins marquée. Le puits d’In Abeggui est, paraît-il, très sûr ; les r’edir, assez nombreux en septembre 1905, ne sont pas tout à fait permanents. Il y a quelques pâturages dans la gorge de l’oued el R’essour, à son entrée dans le plateau ; l’oued Tagrira, où se trouvent quelques dunes basses, est couvert de graminées (drinn) assez abondantes pour permettre aux caravanes qui vont à In Azaoua, d’emporter les fourrages nécessaires à cette mauvaise traversée. Un groupe de méharistes du Tidikelt a pu y séjourner en juillet 1908.

Fig. 15. — Coupe du tassili Tan Tagrira, suivant la vallée de l’oued El R’essour. Il y a une dizaine de km. de A à l’aguelman.

A, Granite porphyroïde ; B, Granulite rose ; 1, Silurien métamorphique ; 2, Grès (40m) en partie masqués par les éboulis ; 3, Grès grossiers et Psammites à ciment ferrugineux, en bancs bien lités (20m) ; 4, Grès fins, blanchâtres, formant des aiguilles (15m).

Ce tassili, toujours étroit (20 à 25 km.), se prolonge vers l’ouest avec quelques aguelman, jusqu’à la région de Tin Ghaor et de Timissao. On ne sait pas encore si les oueds qui le traversent, Igharghar, Zazir, le franchissent tous par d’étroits cañons comme l’oued El R’essour qui, de loin, ne semble pas interrompre la continuité de la falaise, ou par des vallées plus larges, découpant le plateau en plusieurs tronçons, comme au nord de l’Adr’ar’.

En tous cas, quelques-uns de ces oueds sont alimentés, largement pour le Sahara, par les orages qui tombent sur les contreforts de l’Ahaggar ; il est possible, paraît-il, de suivre, à travers le tanezrouft, l’oued Zazir jusque chez les Oulimminden.

Le puits d’In Azaoua, un des nœuds de routes les plus importants du désert, se trouve à l’extrémité orientale de ce même plateau ; mais il est probable que l’eau que l’on y trouve en abondance vient de plus loin, du haut pays des Azdjer et de l’Anahef où prennent leur source le Taffassasset et ses principaux affluents.