De ces tassili dévoniens, dont les principaux fournissent des points d’eau au tanezrouft, on peut, au point de vue de la Géographie humaine, rapprocher le massif d’In Zize. Son sommet, élevé de 300 mètres au-dessus de la pénéplaine, son grand diamètre qui dépasse 30 kilomètres, le font reconnaître de très loin et il est difficile, même à un guide médiocre, de manquer l’aguelman qui a rendu In Zize célèbre au Sahara.
On comprend que sur ce massif élevé (800 m.) les orages soient moins rares que dans le tanezrouft voisin (500 m.).
Il y a plusieurs points d’eau dans ce massif montagneux ; nous en avons vu deux. Le premier est au pied d’une cascade : il est nettement une marmite de géants. Le second, l’aguelman permanent d’In Zize ([Pl. XXXV,] p. 258), à quelques kilomètres en amont du premier, a bien probablement la même origine ; en tout cas, s’il est une diatrème, un cratère d’explosion, il n’est qu’un appareil adventif de faible importance ; le cratère principal du volcan doit être cherché beaucoup plus à l’est, entre In Zize et Tihimati.
Cet aguelman est alimenté surtout par les eaux souterraines qui circulent à travers les laves ; Gautier a vu deux fois In Zize, en 1903 et en 1905 : à son premier voyage les acacias, dans l’oued, étaient desséchés et l’aguelman d’aval était vide. En 1905, l’oued avait reverdi, mais le niveau de l’eau dans l’aguelman principal avait baissé de deux mètres, preuve qu’il n’est pas alimenté directement par l’eau des orages ruisselant à la surface, eau qui avait revivifié les talah, mais par une nappe plus profonde.
Tout à côté, l’Adrar Nahlet possède aussi un aguelman, complété par une source à faible débit. Je n’ai vu ce massif que de nuit ; son relief est trop marqué pour qu’il soit bien vieux, et sa silhouette rappelle In Zize.
Dans toutes les parties où il est formé de roches cristallines imperméables, le tanezrouft paraît incurable : des travaux de sondage n’y donneraient rien. Tout au plus peut-on songer à améliorer les voies d’accès à certains points d’eau, et à mieux aménager quelques puits : ce travail a été commencé par la compagnie du Tidikelt.
Les tanezrouft formés de hautes plaines gréseuses, perméables, ceux que les Touaregs appellent des tiniri, semblent au contraire pouvoir être améliorés ; des forages y donneraient probablement des résultats ; mais l’entretien, en plein désert, d’un chantier suffisant pour creuser un puits profond, serait une très forte dépense, peu en rapport avec l’utilité de quelques points d’eau de plus, dont les caravanes n’ont nullement besoin.
L’Ahaggar.
Orographie. — La partie culminante de massif touareg (Atakor n’Ahaggar, Coudia) n’a été vue jusqu’à présent de près que par un petit nombre d’Européens. De Taourirt, de Tit ou de Tamanr’asset, elle se présente sous des aspects analogues ([fig. 17]) : un plateau en saillie de quelques cents mètres sur les régions voisines ; ce plateau est surmonté de quelques aiguilles granitiques dont la plus célèbre est l’Ilamane et de masses tabulaires comme le Tahat, dont le profil fait songer à un plateau basaltique. L’existence de roches volcaniques n’est d’ailleurs pas douteuse sur la Coudia ; Guilho-Lohan a ramassé au pied de l’Ilamane un basalte et Motylinski [Bull. du Com. de l’Af. Française, oct. 1907] a noté et figuré sur ses carnets, à maintes reprises, des colonnades basaltiques.
Vers l’est, l’aspect est le même : au sud de la Tifedest, d’après Voinot, la Coudia s’élève par gradins jusqu’à son sommet, en forme de plateau. Du sud, entre Aïtoklane et Tarahaouthaout, on la voit s’étager en replats successifs, entre lesquelles la transition se fait sans trop de brusquerie. Cette apparence est pleinement confirmée par les indications de Motylinski qui a traversé l’Atakor de l’ouest à l’est, à la hauteur de l’Ilamane ; pour arriver sur le plateau, en partant de Tamanr’asset, on fait une longue marche en montée pénible, à travers la montagne ; la descente, à la chaîne de Tanget, est donnée, elle aussi, comme difficile ; Voinot[31] note, qu’au sud d’Idelés, on s’élève rapidement, de 700 mètres, jusqu’au premier gradin.