Cliché Laperrine

8. — AHAGGAR, VILLAGE DE TIT.

Au fond, le Tinesi, dôme granitique (60 mètres).

L’altitude du Plateau Central saharien est mal connue ; elle dépasse certainement 2000 mètres. Les observations barométriques sont encore rares, mais elles sont nettement confirmées par les indications du thermomètre ; sur la Coudia, Motylinski a noté les températures suivantes : le 20 août 1906, 5° à six heures du matin, 20° à six heures du soir, le 21, 8° au matin, 18° à six heures du soir ; le père de Foucauld notait les mêmes jours, à Tamanr’asset, le 20, minimum 15°, maximum 35°, à six heures du soir 29° ; le 21, minimum 15°, maximum 36°, et à six heures du soir 30°. Voinot, à l’abankor de Tazzeit, près d’Idelès, a noté le 15 mars 1906, minimum de la nuit 11°,8, à une heure de l’après-midi 23°,6 ; le 18 mars, à Tazerouk, le minimum était de 1°,6 ; à une heure, la température atteignait seulement 18°,2. Il y a donc une différence d’une dizaine de degrés entre les températures de la Coudia et celles de Tamanr’asset et d’Idelès qui sont, l’un et l’autre, au voisinage de 1300 mètres. On s’explique facilement que les Touaregs nobles aient choisi la région de Tazerouk comme station estivale. Le haut plateau est d’ailleurs peu étendu et atteint à peine 70 kilomètres dans ses plus grandes dimensions ; Tazerouk (2000 m.) n’est pas encore sur le gradin le plus élevé, que la route directe de Tazerouk à Tarahaouthaout laisse à une trentaine de kilomètres au nord. Il est vrai que les contreforts de la Coudia, vers l’est, sont bien plus élevés que ceux de l’ouest, quoique leur relief au-dessus des oueds soit assez faible.

Fig. 17. — Ahaggar. La Coudia, vue de l’oued Sirsouf, près Tamanr’asset. L’Eisekran et l’Ikaraguen sont des plateaux basaltiques.

Les contreforts de ce haut massif ont des limites assez indécises ([Pl. III,] profils III et IV) : du pied du plateau de Timissao (550 m.), à Tit (1120 m.), il y a un peu moins de 300 kilomètres ; la pente est d’environ 21000. Jusqu’aux environs de Silet surtout (760 m.), on monte très doucement : dans le tanezrouft, les pentes des oueds Tamanr’asset et Silet sont voisines de 11000. Entre Silet et Abalessa, les restes de volcan qui constituent l’Adr’ar’ Ouan R’elachem, obligent à passer par un col à l’altitude de 900 mètres ; les sommets voisins s’élèvent à 1000 mètres. A l’ouest d’Abalessa (880 m.) l’Adr’ar’ Aberaghetan, formé de quartzites siluriennes et non de roches volcaniques, comme il est indiqué sur un croquis publié dans La Géographie [XIII, 1906, p. 53], atteint une altitude supérieure (1700 m.) ; cette chaîne étroite se prolonge vers le nord jusqu’au massif de Taourirt. D’Abalessa à Tit (30 km.), on suit la lisière sud d’une cuvette silurienne ; l’oued Tit, avec une pente d’environ 81000, est nettement torrentiel. De Tit à Tamanr’asset (1300m.), on franchit plusieurs vallées ; la pente moyenne n’a pas de signification. Dans ces deux derniers tronçons, la piste traverse une région de basses montagnes ou plutôt une pénéplaine encore accidentée.

De Tamanr’asset vers In Azaoua, la descente est assez rapide jusqu’au tassili de l’oued Tagrira (41000). La route, coupant toutes les rivières sous un angle marqué, ne suit cependant pas la ligne de plus grande pente. Jusqu’à l’oued Igharghar tout au moins, le pays reste très accidenté : le paysage doit son aspect particulier à des plateaux basaltiques comme l’Adjellela ([fig. 72]) ou le Debenat, ou à des filons de roches éruptives formant muraille, comme l’Adr’ar’ Arigan ([fig. 18]).

Vers le nord, un contrefort important, la Tifedest, est un massif vraiment montagneux et d’un relief moyen de plus de 1000 mètres ; c’est une chaîne d’accès difficile, où les cols sont rares et que traversent fort peu de sentiers.